Chantal Lévesque/Métro Parmi les ouvrages en vente chez L’Euguélionne, on trouve des essais, des romans, de la poésie, des livres jeunesse, des livres d’histoire ainsi que des zines.

Depuis près d’un an, cinq vingtenaires caressaient le projet de fonder une librairie féministe à Montréal. Après une campagne de sociofinancement, la recherche d’un local et toute la préparation administrative, ils ont ouvert officieusement, la semaine dernière, leur commerce littéraire unique.

À deux pas de la station de métro Beaudry, la librairie L’Euguélionne a pris forme dans un petit local de la rue Beaudry. Marie-Eve Blais, Stéphanie Dufresne, Nicolas Longtin-Martel, Sandrine Bourget-Lapointe et Camille Toffoli s’y affairent depuis le mois d’octobre pour donner des couleurs à leur commerce littéraire qui porte le nom d’un roman de l’auteur Louky Bersianik paru dans les années 1970. Des bibliothèques ont été disposées çà et là pour accueillir les livres et deux tables au long passé font office de comptoir-caisse.

La librairie se veut féministe, mais elle ne contiendra pas seulement des livres qui traitent des enjeux touchant l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Au fil des derniers mois, les fondateurs ont cerné un peu plus l’étendue du contenu qu’ils veulent offrir à leurs clients parmi les livres neufs et usagés qu’ils ont pu obtenir.

«Dans les féminismes, il y a beaucoup de débats, de discussions, de théories et de réflexions qui dépassent strictement l’association de féminisme et femme, mentionne Stéphanie Dufresne. Les collections antiracistes ou sur le capacitisme qu’on veut développer, ça a du sens pour nous d’avoir cela dans une librairie féministe. On y voit un lien avec la littérature sur les féminismes.»

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«Je parlais à un libraire de Verdun l’autre jour, et il s’est inspiré de ce qu’on fait sans nécessairement prendre notre mandat spécifique. Je pense que ça encourage et que ça incite d’autres librairies à avoir des sections féministes un peu plus grandes.» – Marie-Eve Blais

Des livres traitant des enjeux de la communauté LGBT ou des mouvements sociaux s’y trouveront aussi, de même que des auteures féminines. Les essais, les romans et la poésie côtoieront ainsi les livres jeunesse, les livres d’histoire et même les zines, ces minilivres faits à la main que des auteurs éditent eux-mêmes.

Les livres antiféministes auront-ils une place dans la librairie? «On préfère ne pas en tenir, a dit Nicolas Longtin-Martel. Si les gens veulent en avoir pour la recherche, on va les commander. Il y a des livres qui sont considérés comme féministes par certains, mais qui peuvent être considérés comme antiféministes ou hautement problématiques par d’autres. Les classiques, on va les garder, mais on va avertir les gens.»

«L’important, c’est que, malgré les positions qu’on peut avoir individuellement, ce soit un espace où on peut dialoguer, a ajouté Marie-Eve Blais. C’est un espace d’archives, de savoir et d’histoire du féminisme. Donc, pour nous, ça a du sens d’avoir des ouvrages qui ne sont pas d’accord l’un avec l’autre.»

Cette ouverture au dialogue, les membres du collectif entendent bien qu’elle soit présente dans les événements qu’ils organiseront dans leur librairie. Leur objectif, c’est que ceux-ci soient des plus représentatifs de la société et universellement accessibles, au sens très large de l’expression, pour contrer les barrières du handicap physique, mais aussi linguistique, en plus de véhiculer des propos diversifiés.

«On a vraiment une mission antioppressive, a dit Sandrine Bourget-Lapointe. C’est un grand défi. C’est presque utopique.»

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«On espère que [la librairie] va générer d’autres paroles féministes qui pourraient inspirer d’autres livres.» – Sandrine Bourget-Lapointe

L’ouverture officielle de la librairie sera célébrée en février prochain, pendant la rentrée littéraire d’hiver. Déjà, des auteurs et des organismes tentent de nouer des liens avec le nouveau commerce littéraire, le temps d’un événement ou même plus. Touché par cet enthousiasme, le collectif souhaite de son côté prendre le temps d’enrichir ses différentes collections de livres. Certains titres, dont quelques-uns sont livrés d’Europe par bateau, tardent à arriver.

Lecture

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Voici quelques suggestions de lecture des fondateurs de la librairie L’Euguélionne:

•    Essai: Soigner aimer, de Ouanessa Younsi, aux éditions Mémoire d’encrier
•    Roman: Chanson douce, de Leïla Slimani, aux éditions Gallimard
•    Bande dessinée: La petite suceuse, de D. Cassendo Mathieu, aux éditions Berber
•    Livre jeunesse: Mimose et Sam, de Cathon, aux éditions Comme des Géants
•    Zine: Plantes & ovaires, Les bêtes d’hier

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