Mario Beauregard/Métro Formule E à Montréal, 2017

L’organisation internationale de la Formule E a envoyé une mise en demeure à la Ville de Montréal ainsi qu’à Montréal c’est électrique (MCE) pour contester l’annulation du contrat la liant avec la métropole et pour réclamer plus de 6M$ d’impayés.

Cette mise en demeure, a expliqué MCE à Métro, a été envoyée à la fin du mois de décembre, peu après l’annonce de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, visant à rompre l’entente de trois ans avec Formula E Operations qu’avait conclue son prédécesseur, Denis Coderre. Mme Plante avait dénoncé un «fiasco financier» pour justifier sa décision de ne plus organiser de telles courses en 2018 et 2019 dans la métropole, après une première édition controversée.

La Formule E souhaite notamment le règlement des droits de course et de différents services logistiques, dont le montant total est estimé à 6,3M$. D’autres pénalités, liées à la rupture de cette entente, pourraient encore s’ajouter, mais aucun détail supplémentaire n’a été communiqué.

Alors que MCE vient d’annoncer la cessation de ses opérations, l’administration Plante ne compte pas se mêler d’un éventuel compromis financier et veut «laisser le syndic de faillite et les avocats cheminer là-dedans».

«Comme dans toutes faillites, ça se passe entre les créanciers et l’organisation. Montréal n’a rien à voir dans les ententes contractuelles», a rappelé Valérie Plante, qui a une nouvelle fois dénoncé «un projet mal attaché» par la dernière administration. Celle-ci avait créé MCE, fin 2016, pour gérer cet événement.

Selon la mairesse Plante, cette première et unique édition de la Formule E a déjà coûté «plus de 30M$» aux contribuables montréalais. Rappelons qu’un budget de 24M$ avait initialement été prévu.

«Je vais tout faire pour que les Montréalais ne payent pas davantage pour ce fouillis-là. Je fais tout faire pour limiter les dégâts. C’est ma volonté.» – Valérie Plante, mairesse de Montréal

Le chef de l’opposition officielle, Lionel Perez, qui fut l’un des hommes forts de l’équipe de Denis Coderre, n’a quant à lui pas souhaité émettre de commentaires. En août dernier, près de trois semaines après ces deux courses organisées les 29 et 30 juillet 2017, l’ancien président du comité exécutif, Pierre Desrochers, avait néanmoins certifié qu’«aucun sou n’a été perdu» dans cette aventure. Denis Coderre avait quant à lui évoqué un succès «hors de toute attente».

Un trou financier de 13,6M$
Lundi matin, MCE a également publié son bilan financier. Cette unique édition montréalaise de la Formule électrique s’est soldée par un déficit de 13,55M$.

Ce déficit est nettement plus élevé que celui qu’avait initialement envisagé la précédente administration municipale. Dans son rapport, MCE a rapporté qu’un manque à gagner de 6,65M$ avait été planifié, «lequel devait être épongé par la Ville de Montréal».

Pour expliquer cet écart important, l’organisme sans but lucratif accuse le cabinet de l’ancien maire de Montréal d’avoir promis des subventions qui n’ont jamais été livrées. Une perte de 8,1M$ a été enregistrée à ce chapitre, plombant ainsi le budget de MCE, qui plannifiait 11,55M$ de subventions.

Concrètement, MCE espérait 4M$ d’Ottawa (0$ reçu), 4M$ de Québec (1,4M$ reçus), 3,25M$ de la Ville de Montréal (1,75M$ reçus) et 300 000$ de Tourisme Montréal. Seule cette dernière somme a été entièrement perçue.

Près de 15 000 billets achetés
Selon MCE, cet événement a finalement coûté 20,5M$ et a généré de revenus de 3,5M$, soit 0,6M$ de moins qu’espérés. Près de 45 000 personnes ont participé à ces deux journées de courses, mais seulement 15 000 billets ont été achetés par le grand public. Après avoir longtemps refusé de donner des précisions sur la billetterie, MCE avait indiqué, quelques jours avant le dernier scrutin municipal, que 20 000 billets avaient été offerts et 25 000 avaient été à la fois achetés par le public et les commanditaires.

L’organisme n’attendait néanmoins pas une rentrée d’argent substantielle en billetterie puisque «si les billets donnés avaient tous été vendus, cela aurait rapporté moins d’un million de dollars», est-il souligné dans ce bilan financier.

«Le succès financier de l’événement ne reposait donc pas sur la vente de billets, mais plutôt sur les autres sources de financement et les retombées économiques et touristiques à long terme de l’événement», a écrit MCE. L’organisme a également noté que le choix controversé du site au centre-ville, qui a occasionné de la grogne de la part de riverains et commerçants, était de la responsabilité de la Ville de Montréal.

Marge de crédit non comblée
Pour organiser cet événement, MCE avait obtenu de la Ville de Montréal une marge de crédit d’environ 10M$. Environ 6,65M$ n’ont pu être comblés, a précisé MCE. L’organisme doit également 0,6M$ à evenko et 6,3M$ à Formula E Operations, la firme en charge de ce championnat. Tous les autres fournisseurs ont cependant été payés, a ajouté MCE.

Cependant, une perte plus lourde pourrait encore être annoncée puisque, comme l’a souligné MCE, «ces montants n’incluent pas les dettes potentielles pour les éditions 2018 et 2019».

MCE a par ailleurs annoncé lundi que les membres du conseil d’administration démissionnaient et que le directeur générait était licencié, ce qui met fin à ses opération.

Aussi dans Montréal :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!