Le sociologue et historien Gérard Bouchard, «Monsieur accommodements raisonnables», dirigera le Symposium Québec-Europe sur l’interculturalisme qui se tiendra à Montréal du 25 au 27 mai. L’occasion idéale pour discuter avec lui de l’intégration des immigrants.

Quels sont les principaux modèles d’intégration qui existent?
Il y a le modèle assimilationniste, qui prône l’homogénéité de la culture nationale comme le fait le Japon. À l’opposé, il y a le multiculturalisme, qui prône une grande tolérance envers la diversité, comme au Canada et en Australie.

Ensuite, il y a le régime républicain, comme en France, qui insiste sur l’égalité entre les citoyens, mais dans lequel les différences ethniques et religieuses doivent être cantonnées à la sphère privée. Il y a enfin l’interculturalisme, qui est à cheval entre l’assimilationnisme et le multiculturalisme. C’est le modèle qu’a en quelque sorte adopté le Québec, mais qui mériterait selon moi de se traduire par des politiques et des programmes appropriés.

Comment cela se concrétiserait-il?
On adhère à l’interculturalisme quand on trouve que l’assimilationisme est excessif, car il ne respecte pas les droits, et quand on trouve que le multiculturalisme est trop permissif, car il ne soucie pas suffisamment de l’intégration des groupes ou des personnes. Il s’agit donc notamment de reconnaître une culture majoritaire tout en favorisant les ponts avec les autres cultures. Par exemple, on pourrait remettre en marche un ancien programme d’échange entre les élèves qui fréquentent des écoles montréalaises – où l’on retrouve beaucoup d’enfants d’immigrants – avec des élèves qui fréquentent des écoles situées en région.

Où en est le Québec en matière d’intégration?

Par rapport à d’autres pays occidentaux, le Québec s’en tire bien. Surtout si l’on considère que depuis 1950, la province est l’une des dix régions qui accueillent le plus d’immigrants. La violence et les conflits inter-ethniques, on n’a pas vu ça à Montréal.

Si on se fie aux indicateurs, c’est assez intéressant. Par rapport au Canada anglais, le Québec est dans le peloton de tête si
on mesure le degré d’ouverture à l’immigration ou quand on demande aux
immigrants leur avis sur le racisme de leur société d’accueil. Par contre, quand on mesure l’intégration des immigrants au marché de l’emploi ou les accommodements pour motifs religieux, le Québec a un  moins bon dossier. Sur ce dernier point, je ne parlerais pas de xénophobie, mais plutôt de raisons historiques qui font que beaucoup de Québécois sont devenus méfiant vis-à-vis de la religion.

Que reste-t-il de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles
?
Les travaux de la Commission ont entrainé trois changements. Tout d’abord, une insatisfaction très vive a pu être exprimée par la population. Deuxièmement, les médias, qui avaient manqué de retenue sur ce sujet, se sont disciplinés depuis. Enfin, le débat est beaucoup moins émotif qu’il ne l’était.

C’est sûr qu’on n’a pas réglé vraiment le problème des accommodements, car il reste une bonne majorité de Québécois qui trouvent qu’on ne devrait pas en accorder ou qu’on en accorde trop. Toutefois, c’est difficile de dire qu’on en accorde trop, car on n’a aucune statistique sur le sujet. Aujourd’hui, beaucoup de gestionnaires d’écoles, d’hôpitaux et d’autres institutions publiques disent qu’il manque de balises assez claires pour régler les problèmes d’accommodements qui se posent dans leur institutions.

Que pensez-vous de la mise en place de quotas d’immigration par bassins géographiques?
C’est quelque chose qui est actuellement envisagé par le ministère de l’Immigration du Québec, et je trouve ça un peu surprenant. On est en train de retourner en arrière, vers des politiques de contingentement délicates  qui avaient été abandonnées depuis plusieurs dizaines d’années. C’est toujours délicat de contingenter les gens par région, car cela revient aussi souvent à les contingenter par religion ou encore à les hiérarchiser.

Le symposium Québec-Europe s’ouvrira à la Grande Bibliothèque le mercredi 25 mai et se poursuivra à l’UQAM les 26 et 27 mai.

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