OTTAWA — Madeleine Meilleur n’a «absolument pas» l’intention de se récuser du poste de commissaire aux langues officielles malgré la controverse entourant sa nomination.

«J’ai les qualifications, j’ai les compétences, j’ai passé à travers d’un processus très rigoureux, et je poursuis, et ce sera la décision, à la fin, du processus», a-t-elle lâché lundi soir.

L’ex-députée et ministre du gouvernement libéral en Ontario a tenu ces propos à la sortie de son témoignage devant le comité plénier au Sénat.

Les représentants de la chambre haute venaient de soulever à maintes reprises que sa proximité avec les libéraux portait atteinte à l’apparence d’impartialité de l’agent du Parlement.

Quelques-uns d’entre eux ont demandé à obtenir davantage de précisions sur les conversations qu’elle a eues avec les deux conseillers les plus influents du premier ministre Justin Trudeau.

Car ces échanges avec le secrétaire principal Gerald Butts et la chef de cabinet Katie Telford ont «contaminé le processus» et plombé une nomination qui aurait autrement pu «couler en douceur», a argué le sénateur conservateur Ghislain Maltais.

L’ancienne élue de Queen’s Park a nié avoir eu «des discussions» ou une «élaboration sur le sujet» du poste de commissaire aux langues officielles avec ses anciens collègues à Toronto.

À Gerald Butts, elle se souvient avoir dit «en passant» qu’elle était au courant que le poste «était ouvert», mais que celui-ci lui a aussitôt répondu qu’il «y avait un processus à suivre».

Et à Katie Telford, «j’ai dit, tu sais, moi, je sais que le poste est ouvert, alors peut-être que je penserai à postuler», a relaté Mme Meilleur.

Mais la chef de cabinet de Justin Trudeau a aussi fermé la porte illico et fait référence «très clairement» au fait qu’il existait un processus de nomination, a-t-elle soutenu.

Ces deux échanges remontent «au mois d’août», a précisé l’ex-députée ontarienne à l’issue de son témoignage devant les sénateurs, qui étaient présents en grand nombre en ce lundi.

Elle a dit ignorer, lors d’une brève mêlée de presse, si elle avait réussi à plaider sa cause de manière assez convaincante pour s’assurer que la chambre haute avalise sa nomination.

La plupart des sénateurs, peu importe leur couleur politique, ont relayé lundi soir certaines des préoccupations qui les tenaillent et qui ont par ailleurs été soulevées par diverses organisations au cours des derniers jours.

«Vous quittez une fonction ministérielle dans un gouvernement élu et vous nous demandez de vous confier des responsabilités qui vous amèneront à poursuivre un gouvernement (…) auquel vous êtes vous-même directement rattachée», a exposé Serge Joyal.

«Vous n’avez pas eu de temps pour vous donner, l’espace de neutralité, la distance qui vous permettrait de nous convaincre aujourd’hui que vous avez cette capacité-là d’exercer vos fonctions (…) de manière indépendante», a enchaîné le sénateur libéral indépendant.

À cet interlocuteur comme aux autres, Madeleine Meilleur a répliqué en plaidant qu’elle ne pouvait effacer 13 ans de politique active et en assurant qu’elle ferait preuve de la plus grande indépendance si on lui confiait le poste de commissaire aux langues officielles.

Car malgré la tempête provoquée par sa désignation, elle n’est pas prête à rendre les armes.

«Je veux le poste. Je veux le poste», a-t-elle lancé pendant son témoignage, soutenant qu’elle avait «toujours mis les francophones, les Franco-Ontariens à l’avant de la politique», et qu’elle avait l’intention d’avoir «la même approche» si sa nomination est avalisée par le Parlement.

La libérale de longue date a enchaîné en affirmant qu’elle avait «beaucoup d’idées» et qu’elle se «réveille dans la nuit» pour penser à ce qu’elle peut faire pour appuyer les communautés linguistiques en situation minoritaire au pays.

Plainte en Cour fédérale

Quelques heures avant cette comparution, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) annonçait qu’elle déposerait au cours des prochains jours une demande de contrôle judiciaire devant la Cour fédérale pour tenter de bloquer la nomination de Madeleine Meilleur.

L’organisation estime que le gouvernement de Justin Trudeau a enfreint la Loi sur les langues officielles en échouant à mener une consultation en bonne et due forme avec les chefs des partis reconnus en Chambre avant d’arrêter son choix.

Le président de la SANB, Kevin Arseneau, se dit «confiant» d’être en mesure de plaider avec succès que le processus de nomination «ne respectait pas l’esprit» de la loi, précisant que l’organisme compte aussi arguer que Madeleine Meilleur a joui «d’un traitement préférentiel».

S’il reconnaît que la communauté acadienne entretenait l’espoir de voir un des leurs décrocher le poste — et que l’annonce du choix de la franco-ontarienne a donc causé une certaine déception —, il nie catégoriquement que les démarches judiciaires sont motivées par l’amertume.

«C’est vraiment une question de principe. On croit sincèrement que nos droits ont été lésés en tant que minorité francophone»», a insisté M. Arseneau, regrettant que cette nomination à un poste qui devrait être «rassembleur pour la francophonie canadienne» ait plutôt mené à des déchirements.

Pour l’Acadien, le gouvernement devrait reconnaître qu’il a commis «une erreur» et reprendre le processus de nomination. «Je pense que les Canadiens ont droit à l’honnêteté. J’ose croire que c’est pas la nomination d’un commissaire aux langues officielles qui va faire tomber un gouvernement.»

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