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Dans les jardins communautaires et collectifs, les habitants des villes commencent à récolter les fruits de leurs efforts.

Et en parallèle, comme chaque année, depuis 10 ans, un pavillon de la Faculté des sciences de l’UQÀM s’est animé à la fin août de conférences et ateliers sur les différentes manières de cultiver la ville — en plus des enjeux et défis que rencontrent les jardiniers urbains.

«Il y a différentes images d’agriculture urbaine, de la compagnie de micro-pousse aux cultures sur le toit d’un supermarché. C’est une réalité encore à documenter, mais qui change les approches de production et de gouvernance alimentaires.

Et il y a un impact concret sur le paysage et la planification urbaine», relève Éric Duchemin, professeur associé à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM et directeur scientifique du Laboratoire sur l’agriculture urbaine, qui organisait cette 10e École d’été en agriculture urbaine de Montréal.

La graine de l’agriculture urbaine, semée à Montréal, il y a une décennie, a fait pousser une multitude de projets, des jardins pédagogiques aux ruchers, en passant par des fermes biologiques urbaines ou une banque de semences africaines.

«Je rêvais d’un potager africain et de récolter ses fruits en terre québécoise. Pour un immigrant, c’est un premier pas pour l’intégration», note le Nigérien d’origine, Hamidou Maïga.

Le fondateur d’Hamidou Horticulture fait pousser des plants méconnus au Québec tels que le kiwano, le bissap, l’okra et l’aubergine africaine.

On peut découvrir cette dernière «dans certains restaurants africains qui ne sont plus obligés de s’approvisionner à l’extérieur du Québec», ajoute M. Maïga.

«Ce que nous remarquons aujourd’hui», rapportait M. Duchemin alors que se déroulait cette École d’été, «c’est le nombre de fermiers présents. Ils désirent apprendre et surtout, réseauter entre eux. Cette édition est aussi plus ouverte sur l’international avec des praticiens du Brésil, de Belgique ou de France».

10 ans après la première école

Les 150 participants, dont 50 conférenciers, ont donc pu partager expériences et visions de l’agriculture urbaine. Une vision qu’ils souhaitent moins «blanche et éduquée» — comme cela a été souligné plusieurs fois lors de la dernière journée, le 24 août —, mais pluraliste, rassembleuse et équitable.

Par exemple, Kristin Reynolds, professeure et chercheuse en système alimentaire de New York, est l’auteure de Beyond the Kale : Urban Agriculture and Social Justice Activism in New York City, un ouvrage qui donne en priorité la voix aux jardiniers urbains de couleur de New York et présente les initiatives de justice sociale et alimentaire qu’ils développent.

Défenderesse de la justice sociale et alimentaire, une militante née de la justice environnementale, la chercheuse a rappelé que l’agriculture urbaine n’est pas une pratique si nouvelle.

«Les plantations de pommes de terre de Détroit au 19e siècle et les nombreux jardins urbains d’entre les deux guerres (Victory Gardens) permettaient de lutter contre l’insécurité alimentaire et représentaient déjà une stratégie de lutte à l’oppression.»

Militante et rebelle, l’agriculture urbaine bouscule un peu l’ordre établi. Comme le raconte le maire de l’arrondissement montréalais de Rosemont—La Petite-Patrie, François Croteau, venu présenter son programme «Faites comme chez vous!»: un programme mis en place il y a quatre ans pour inciter les citoyens à verdir leur bout de trottoir.

«L’espace public est public. À Rosemont, il est possible de faire de l’agriculture urbaine sans permission et sans contrainte, en faisant confiance aux citoyens.»

Ce qui a donné naissance à 535 potagers «de façade» (à ne pas confondre avec ceux qu’on trouvait déjà dans les cours) au sein des rues de Rosemont—La Petite-Patrie.

«Cela peut paraître minuscule sur 144 000 habitants, mais c’est gigantesque à l’échelle du quartier et en si peu de temps. L’agriculture urbaine est un vecteur de changement en marche», affirme le maire d’arrondissement.

Pour des villes nourricières

Il n’y a pas qu’à Montréal. L’initiative Municipalité Nourricière, lancée en 2017 au Saguenay—Lac-Saint-Jean dans quatre municipalités (Labrecque, Saint-Prime, Saint-Fulgence et Bégin), en touche aujourd’hui sept — avec Saint-Nazaire, Hébertville Station et Saint-Charles-de-Bourget. « L’idée est de pérenniser les projets en agriculture urbaine », explique Marie-Lise Chrétien, conseillère municipale de Saint-Fulgence et chargée de projet à Eurêko, l’organisme communautaire en charge du programme.

La recette inclut une communauté mobilisée (citoyens et élus) soutenue par un comité engagé muni d’un plan d’action. L’une des premières étapes : établir un portrait alimentaire de la municipalité. «Il s’agit de cerner les défis alimentaires et de faire germer les solutions grâce à l’activité participative et au soutien concret des municipalités», relève Marie-Lise Chrétien.

Financée par le Fonds vert dans le cadre d’Action-Climat Québec, cette activité a déjà permis de bâtir une serre scolaire à Saint-Prime, un marché fermier à Labrecque, une forêt nourricière à Bégin et de pérenniser les jardins communautaires de Saint-Fulgence. Une rapidité qui s’explique par sa démarche.

«L’association citoyens-municipalité permet de se mettre vite en action et de voir les projets portés avec un grand enthousiasme par la communauté. C’est également le moyen de devenir autosuffisant et de combattre l’insécurité alimentaire de notre région», note Mme Chrétien.

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