Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, constate une inquiétante montée du scepticisme envers la science depuis quelque temps. Les responsables: l’internet et les médias, mais aussi parfois les scientifiques eux-mêmes, croit-il. Entrevue avec celui qui participera samedi à une table ronde sur la relation entre la science et la politique à l’école de l’été de l’Institut du nouveau monde (INM).

L’émergence du phénomène du scepticisme envers la science semble correspondre à l’arrivée de l’internet dans nos vies. Pourquoi?
L’information est disponible plus facilement qu’elle ne l’était avant. Sur l’internet et avec les médias sociaux, on peut toujours trouver de l’information qui fait notre affaire. Si on croit en quelque chose, on va toujours trouver au moins une autre personne ou quelques milliers d’autres dans le monde qui croient la même chose.

Il y a aussi la façon dont les moteurs de recherche sont construits. Ce ne sont pas nécessairement les meilleures évidences qui sont en premier. Tout dépend des résultats qui apparaissent en premier, et les gens ne vont pas toujours aller consulter plus que les 10 ou 12 premiers, donc ils ne se rendront jamais à l’évidence qu’il n’y a peut être pas quelque chose de tout à fait correct dans l’information qu’ils voient.

On lit souvent des commentaires sur internet qui disent «la science change d’idée à tous les jours»…
C’est probablement notre faute à nous, les chercheurs. Une de nos stratégies consiste à dire: «Nous venons de faire cette découverte-là!» Et par la suite, on se plaint qu’on «vend» trop notre histoire. À cause de ça, on donne l’impression de guérir la maladie d’Alzheimer tous les jours… La réalité, ce n’est pas ça du tout.

Il faut faire un peu plus attention là dedans, et travailler avec les journalistes et aiguillonner les gens vers les bons sites qui comportent des informations un peu plus validées.

Le but n’est pas nécessairement de convaincre tout le monde. On n’est pas en croisade. Il faut quand même donner de l’information qui est un peu plus validée. Par la suite, c’est à l’individu de faire ses choix en bonne connaissance de cause. -Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Les médias ont sans doute leur part de responsabilité là dedans?
La façon dont très souvent un journaliste est formé est peut-être plus appropriée à une interaction avec le monde politique. C’est bien évident, si tu fais une entrevue avec un premier ministre, tu veux avoir aussi l’opinion du chef de l’opposition.

Ça marche peut-être en politique, mais quand on est en sciences, c’est un peu moins bon. On donne le même poids à celui qui a des données et des résultats concrets qu’à un climatosceptique, par exemple.

Ça devient peut-être un peu confus pour le public, qui se demande c’est quoi l’histoire, c’est quoi la réalité?

Les doutes envers la science circulent beaucoup grâce aux réseaux sociaux. Comment les scientifiques peuvent-ils combattre cela?
Il faut s’assurer que l’information ne reste pas en vase clos ou sur des sites un peu spécialisés. Il faut essayer de trouver une façon de la traduire dans un langage compréhensible à tous. Il faut aussi que ça devienne connu de la population en général qu’un site est très fiable.

Du côté francophone, il y a peut-être un petit peu moins de sites de ce type là.

De notre côté, on en a discuté un peu au cours des derniers mois, et ce qu’on prévoit c’est organiser un genre d’atelier cet automne avec des journalistes, des gens du grand public et des experts du côté recherche pour dire, «avec les moyens qu’on a, qui ne sont pas nécessairement énormes, quelle serait la niche qu’on pourrait occuper?»

On pourrait peut être développer un site validé ou avoir un réseau d’experts qui seraient disponibles aux journalistes ou autres pour répondre aux question pointues.

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