Martin Ouellet-Diotte/Métro Elisapie sera en spectacle au Monument-National le 27 septembre.

Après avoir vécu un post-partum difficile et «toutes sortes de remises en question», Elisapie a été se ressourcer auprès des siens à Salluit, dans le Nord-du-Québec, et a trouvé réconfort dans la musique folk autochtone des années 1970. Tout cela a nourri la création de The Ballad of the Runaway Girl, son troisième album.

Elisapie Isaac arrive à notre rendez-vous en compagnie du plus jeune de ses trois enfants, Naalak, âgé d’à peine quatre mois. Son nom signifie «écoute» – «pas dans le sens de donner l’ordre d’écouter, mais comme la qualité d’écoute», nous explique-t-elle.

Six ans ont passé depuis la parution de Travelling Love, le précédent album d’Elisapie. «C’était vraiment un tourbillon», dit-elle pour résumer ces dernières années, au cours desquelles elle a notamment donné naissance à deux enfants.

Un tourbillon qui lui était nécessaire, précise-t-elle. «Je n’aurais pas pu faire un album aussi profond et personnel comme je viens de le faire si j’étais passée par une petite vague toute douce.»

Pour apaiser ses angoisses, Elisapie s’est réfugiée au cœur de ses origines en retournant le plus souvent possible auprès des siens, dans son village natal de Salluit – la deuxième communauté inuite la plus au nord du Québec – et en redécouvrant les chanteurs folk autochtones des années 1970.

Ce retour aux sources s’entend sur The Ballad of the Runaway Girl, où on sent la chanteuse plus proche que jamais de ses racines. «Pour cet album, je m’identifiais beaucoup plus comme Inuk dans l’aspect créatif. J’ai toujours aimé parler de mes racines, mais là, j’en avais besoin.»

Sur ce troisième disque en solo, l’ex-chanteuse du groupe Taima a délaissé le son pop et électro de son précédent album pour revenir au folk.

Dès les premières notes de The Ballad of the Runaway Girl, on entend une guitare électrique brute, puis, la voix d’Elisapie qui s’élève progressivement, accompagnée d’un tambour qui bat lourdement le rythme. La tension monte, puis un chœur lance un cri, comme une décharge électrique.

Cette chanson, Arnaq, est un hommage à la force des femmes. «Il faut accepter que la femme ait une force incroyable, plus que les hommes, ne serait-ce que parce qu’elle fait naître les êtres humains dans une brutalité incroyable.»

Féministe, Elisapie? «Oh my god, oui!» répond-elle comme à plusieurs autres de nos questions. «C’est tellement naturel pour moi de ne pas questionner ce qu’une femme devrait faire ou ne pas faire», lance-t-elle avec sa franchise habituelle.

«Regarder le paysage du nord, du haut de l’avion, c’est tellement poétique, touchant, presque thérapeutique… Cette spiritualité me convient mieux que d’aller voir un psychologue. je me sens apaisée par cette immensité.» – Elisapie

C’est en fouillant dans des archives qu’Elisapie a plongé dans la musique autochtone des années 1970. Elle reprend deux chansons de cette époque sur son album: Wolves Don’t Live by the Rules, de Willie Thrasher, et Call of the Moose, de Willy Mitchell, deux artistes qui gagnent à être connus selon elle.

«J’ai réalisé que ce sont eux, mes maîtres. J’ai toujours pensé que c’était Leonard Cohen, Neil Young ou Bob Dylan, mais finalement ces références de chez nous sont encore plus importantes, dit-elle. Les chanter, c’est comme les faire revivre d’une autre manière.»

Leur musique a eu l’effet d’un baume pour Elisapie, notamment quand est venu le temps de composer Una, une des chansons les plus difficiles qu’elle ait eu à écrire. La chanteuse, qui a été adoptée, y fait une déclaration d’amour à sa mère biologique.

«Je voulais écrire à ce sujet dès le départ, mais c’était trop douloureux, j’avais trop de questions. J’ai fini par laisser faire, parce que c’était devenu trop lourd. C’est pas vrai qu’on a besoin de souffrir autant pour une chanson! laisse-t-elle tomber en riant. Alors, je l’ai mise de côté et j’ai écouté de vieilles tounes qui m’ont vraiment fait du bien. Après, j’ai pu y revenir.»

Au moment de notre rencontre, mardi, Elisapie n’avait pas eu l’occasion de présenter cette chanson à cette mère dont elle est proche. «Ça va être spécial» anticipe-t-elle.

La femme qui fuit
La chanson titre de l’album a été écrite par l’oncle d’Elisapie, qui avait un groupe de musique lorsqu’elle était jeune. C’est en étant choriste pour ces «cool monsieurs» qu’elle a appris «son petit métier de chanteuse», relate-t-elle.

The Ballad of the Runaway Girl n’était pas la pièce la plus connue de ce groupe, mais elle a toujours intriguée la chanteuse. «Que ces jeunes un peu hippies, dans les années 70, qui débarquaient des pensionnats, puissent écrire une chanson comme ça, en anglais… Ça a toujours été très mystérieux pour moi. Ça l’est encore. Je ne sais pas qui l’a écrite, et pour qui. Je n’ai jamais eu de réponse, ça reste très vague.»

Rapidement, Elisapie s’est identifiée à cette «runaway girl», cette femme qui fuit. «J’ai toujours senti que c’était peut-être moi. J’ai toujours fui les choses auxquelles je ne voulais pas faire face. Je suis devenue une experte de la fuite… Mais je ne peux plus faire ça maintenant; j’ai des enfants. Je dois leur apprendre qu’on tombe, mais qu’on peut remonter.»

Seule chanson en français de l’album, Ton vieux nom rend hommage aux hommes autochtones. «Et si ton cri lançait la révolte, mes jambes tremblent quand tu te soulèves», y chante Elisapie de sa douce voix. «Je voulais rendre ça beau et poétique sans que ce soit quétaine ou du déjà vu», dit-elle au sujet de cette pièce écrite avec la poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine et la musicienne Chloé Lacasse.

Les chansons d’Elisapie sont comme la nature qui l’inspire tant: explosives par moments, contemplatives par d’autres. Cette dualité entre force et fragilité, à l’image de l’artiste, s’entend du début à la fin de l’album. «Je vais où les émotions m’amènent. Si ça doit être la lenteur extrême ou la douceur, j’y vais, et quand c’est le temps de brasser, je ne le fais pas à moitié.»

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