Le Rêve américain de Damien Robitaille
Damien Robitaille part à la recherche des vestiges de la langue et de la culture française aux États-Unis dans Un rêve américain, un documentaire où musique et histoire font bon ménage.
Un road trip aux quatre coins des États-Unis, Damien Robitaille en rêvait. Le Franco-Ontarien a pu imiter Jack Kerouac grâce au cinéaste Bruno Boulianne (Bull’s Eye, un peintre à l’affût) en devenant le guide d’Un rêve américain. En plus d’offrir une trame sonore teintée de country, de folk et d’americana, le musicien a pris le pouls du fait français et ce qui en reste, notamment dans le Maine, le Missouri et la Californie.
«En faisant ce film, j’ai pu voir tous ces villages, raconte le chaleureux auteur-compositeur-interprète rencontré dans un café de la Rive-Sud de Montréal. Les Canadiens français, on était partout aux États-Unis. Il y avait plus de 500 ou 5 000 noms de villes, de rivières. Plein de noms qui sont francophones, mais les gens ne parlent plus français aujourd’hui. C’est comme des fossiles.»
Cette réalité est bien évidemment triste. Surtout à l’écoute des nombreux témoignages d’une population souvent vieillissante qui multiplie les anecdotes sur la discrimination que subissaient ceux et celles qui parlaient la langue de Molière. On ne sent pourtant pas trop d’amertume dans cet essai qui se plaît à déterrer de vieilles légendes sur des cowboys, des chercheurs d’or et des hommes forts.
«On ne voulait pas miser sur le côté tragique, ce qui se fait souvent, explique le chanteur, qui retourne au septième art après avoir frayé avec la fiction dans le film La sacrée. On voulait plus célébrer le fait qu’on était présents. On a tout bâti ça, les États-Unis. Nous aussi, on a fait partie de cette histoire qu’est l’Amérique. On parle souvent des Italiens, des Grecs, des Russes, mais on ne parle jamais des Canadiens français. Pourtant, on a contribué énormément à ouvrir le pays, d’est en ouest. On était des aventuriers, les explorateurs par excellence. Et c’est quelque chose que je ne connaissais pas.»
L’homme qui me ressemble
Damien Robitaille possède cette rare faculté d’approcher facilement les individus afin de les faire parler et de les amener à se confier. Surtout qu’il comprend la réalité de ces «ancêtres» qui ont conservé des traces de leurs origines, venant lui-même d’un village (Lafontaine en Ontario) dont la culture et la langue française sont en déclin.
«Je me sentais proche de ces gens-là, explique celui qui travaille actuellement à son prochain disque, qui devrait voir le jour en 2015. On avait tous cette dualité culturelle. Dans le fond, j’ai réalisé que j’étais plus Américain que je le croyais. Je me suis toujours dit francophone, mais là, je suis Américain au fond. Je suis comme un Franco-Américain. On parle de tout le continent. Je dis tout le temps qu’il faut enlever les frontières. On est tous métissés, de la même place. On est tous francophones. C’est une grande famille.»
Un rêve américain
En salle vendredi