(Audrey Clément-Robert/TC Media En juin, une bande de 15m de long de sous-bois et d’arbres matures sur les berges de L’Île-des-Sœurs a été rasée pour la préparation de la nouvelle approche de la piste cyclable.

Plusieurs biologistes et ornithologues se questionnent sur la légalité du déboisement des berges de L’Île-des-Sœurs près de l’Estacade du pont Champlain. La coupe a eu lieu à la fin juin, période de reproduction pour 11 espèces d’oiseaux répertoriées dans ce secteur.

«À ma connaissance, les travaux vont probablement à l’encontre de la loi. Il est clair que la fin juin représente la période de ponte, de couvaison et/ou de développement des oisillons pour la très grande majorité des espèces nichant au Québec», avance Simon Bédard, biologiste et ornithologue chez Regroupement Québec Oiseaux (RQO).

Onze espèces ont été répertoriées aux abords de l’Estacade dans une étude environnementale déposée le 25 juin et commandée par la Société des ponts Jacques Cartier et Champlain (PJCCI).

«Certaines [espèces] nichent plus tard alors que d’autres ont des oisillons qui quittent le nid plus tard. Si on coupe les arbres, on peut tuer les oisillons qui ne se sont pas encore envolés», explique Louis Vaillancourt, chargé des communications au RQO.

La Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs interdit de déranger ou de détruire des nids et des œufs en période de nidification. Elle s’applique à toutes les terres et étendues d’eau, peu importe le propriétaire.

Rappelons que la directrice des communications de la PJCCI, Julie Paquet, avait affirmé lors d’une précédente entrevue à TC Media, que «tous les oiseaux ne font pas leurs nids dans ce secteur et ne sont pas tous des couples nicheurs. Comme il n’y a pas d’espèces menacées, il n’y a donc pas de problème de déboisement ni de mesures particulières qui sont prises.»

«C’est le cas parfait d’une prise accessoire, c’est à dire la destruction d’un nid sans nécessairement le vouloir quand on coupe des arbres. Selon la loi fédérale, on doit faire notre possible pour les éviter. S’ils avaient attendu trois semaines de plus, il n’y aurait seulement eu le Chardonneret jaune qui aurait pu être problématique», commente le biologiste François Morneau.

Nids ou pas ?
Selon les ornithologues, difficile de dire avec exactitude si les oiseaux ont bel et bien fait leur nid à cet endroit cette année. La détection des espèces ne signifie pas nécessairement l’utilisation de cet habitat pour la nidification.

«On doit faire attention même si ce sont des espèces communes (qui ne sont pas menacées ou en voie d’extinction)», explique M. Morneau. Il croit que quatre espèces étaient encore en période de nidification. «Vu la grandeur du déboisement, les probabilités qu’un nid soit détruit sont très élevées. Peut-être trois ou quatre, mais moins de dix.»

Simon Bédard renchérit: «je ne vois aucun moyen d’affirmer avec certitude qu’il y avait présence de nids à l’endroit des travaux. Toutefois, il est aussi impossible d’affirmer qu’il n’y en avait pas et les probabilités sont plutôt qu’il y avait présence.»

«Ils peuvent avoir niché là, parce qu’on voit des oiseaux et oisillons dans le secteur», pense Pierre Bannon, ornithologue amateur depuis 40 ans et résident de L’Île-des-Sœurs.

De son côté, Environnement Canada n’a pas voulu accorder d’entrevue à TC Media sur le sujet.

Effets
Heureusement, les effets néfastes sur l’habitat de ces oiseaux ne semble pas trop importants d’après les experts. «Je ne pense pas qu’à long terme il y aura des effets sur ces oiseaux, dont l’habitat peut se retrouver ailleurs. Ils vont facilement se trouver une autre place de nidification l’an prochain», pense M. Bannon.

Reste que, même si la reproduction des oiseaux n’est pas menacée, la réduction de leur habitat naturelle risque d’avoir des conséquences. «Une chose est certaine, c’est que la période à laquelle les travaux ont été effectués semble, dans ce cas-ci, vraiment douteuse et fort probablement illégale», conclut Simon Bédard.

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