Photo: archives Arrondissement de Montréal-Nord.

Alors que la communauté haïtienne tente d’imposer son candidat aux différents partis de la Ville afin d’élire un premier maire noir à Montréal-Nord au printemps, organismes et élus jugent cette exigence louable. À leurs yeux, une telle possibilité serait un «excellent» exemple pour les jeunes et une avancée sociale.

La démission de Gilles Deguire, accusé d’agression sexuelle sur mineure, ouvrira-t-elle la porte à une première historique pour Montréal-Nord ? En cent années d’existence, jamais un maire noir n’a été élu dans ce secteur extrêmement diversifié, berceau de l’arrivée de la forte communauté haïtienne depuis les années 1960.

«La communauté noire dans son ensemble ne se sent pas représentée, déplore Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti. Un maire noir ? Ce serait absolument positif et cela me semble normal. S’il faut un groupe de pression pour y parvenir, il faut le faire. Malheureusement, ça ne se fait pas naturellement».

Problématique à Montréal-Nord, la faible représentativité des minorités visibles s’avère même criante sur l’ensemble de l’île avec seulement quatre des 103 élus de la Ville. «La diversité de Montréal devrait se retrouver parmi les élus. Ce n’est pas le cas», reprend M. Villefranche.

Un sentiment partagé par Marjorie Michel, l’une des chefs de file du groupe de réflexion qui souhaite la désignation d’un candidat haïtien.

«On veut être visible dans les sphères décisionnelles, confirme l’ex-conseillère politique du député d’origine haïtienne Emmanuel Dubourg. Avoir un représentant accessible, à qui l’on peut s’identifier, permettrait d’insuffler un espoirs aux plus jeunes.»

160 000
Le nombre de Montréalais nés ou originaires d’Haïti selon une estimation de la Maison d’Haïti. Il s’agit de la plus importante communauté d’immigrés nés à l’étranger devant la communauté italienne.

Une lueur d’espoir pour les jeunes
Première élue municipale d’origine haïtienne à Montréal-Nord, Monica Ricourt comprend l’attente de sa communauté. «Quand on parle aux jeunes, on se comprend. Je veux les conseiller, les aider dans leur parcours afin qu’ils puissent construire leur modèle.»

Emmanuel Dubourg confirme cette relation de confiance. «J’ai grandi dans Montréal-Nord avec une famille monoparentale, j’ai vécu des histoires dans ces rues, je peux leur parler facilement de mon parcours, servir de modèle, avoue le député fédéral. Les enfants peuvent se reconnaître dans mon parcours.»

L’opportunité d’élire un maire noir à la tête de l’arrondissement séduit Frantz Jean-Jacques, directeur d’Évolu-Jeunes, organisme qui œuvre pour la réinsertion sociale de jeunes adultes. «Le message serait très fort, notamment pour l’intégration des immigrants. En tant qu’intervenant, je pourrais motiver les jeunes, ce serait une lueur d’espoir pour eux. Ils se découragent vite, pensent que tous les postes sont bouchés.»

Pas de parachutage
«Attention, il ne faut pas un noir à n’importe quel prix», prévient Frantz Jean-Jacques. À ses yeux, un candidat parachuté, comme le fut Ronald Boisrond (Projet Montréal), largement défait par Gilles Deguire lors de l’élection de 2009, serait un échec.

«Il n’a pas reçu l’accueil qu’il aurait pu prétendre car il n’était pas proche des citoyens, il ne connaissait pas les problématiques de l’arrondissement», explique-t-il.

Will Prosper, porte-parole de Montréal-Nord Républik, abonde dans ce sens. «Peu importe la couleur, il est temps que ce soit quelqu’un de l’intérieur qui représente Montréal-Nord. Ce candidat doit être compétent et rassembleur. Le symbole, façon Obama, ne suffit pas.»

On travaille à une meilleure diversité pour toutes les minorités visibles. Il n’y a pas que les noirs, également les femmes, les autochtones, les personnes handicapées.»
Nathalie Pierre-Antoine, conseillère d’arrondissement de RDP-PAT

Quels candidats ?
Plusieurs noms circulent pour briguer le poste de maire de Montréal-Nord. Principal élu ciblé par un groupe de réflexion de la communauté haïtienne: Frantz Benjamin, conseiller de la Ville au district de Saint-Michel, qui n’a pas donné suite à nos relances. Citée elle-aussi, Monica Ricourt ferme la porte, à court terme, à une telle possibilité. «Je prends mandat par mandat, je ne me présenterai pas à cette élection partielle.»

Conseillère d’arrondissement à RDP-PAT, Nathalie Pierre-Antoine, très impliquée au sein de la communauté haïtienne, balaye également une éventuelle candidature, tout en reconnaissant la nécessité d’une meilleure diversité au sein des élus.

«Je me sens bien dans mon arrondissement, assure-t-elle. Mais on travaille à une meilleure diversité pour toutes les minorités visibles. Il n’y a pas que les noirs, également les femmes, les autochtones, les personnes handicapées.»

L’élection pour la mairie de Montréal-Nord se tiendra au printemps. La date officielle n’a pas encore été dévoilée par la Ville.

Une nouvelle rencontre sera organisée samedi, à 16h, par Solidarité Nord-Montréal, un groupe de réflexion de la communauté haïtienne au 10 946 rue Saint-Vital, Montréal-Nord.

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