Avant qu’il soit peuplé de tours à condos, le secteur environnant du canal de Lachine était un important pôle industriel. Avec l’audioguide Canal, l’équipe de Montréal Industriel, menée par Steven High, professeur d’histoire à l’université Concordia, raconte l’histoire de ce lieu entre 1940 et ajourd’hui à travers divers témoignages.

Téléchargeable gratuitement et disponible sur des lecteurs MP3 offerts dans les bibliothèques Georges-Vanier et Saint-Charles, le guide propose une visite d’une heure de 19 lieux historiques à proximité du canal dans les quartiers Saint-Henri, Petite-Bourgogne et Pointe-Saint-Charles en tout temps. C’est une narratrice qui indique aux participants où marcher, étape par étape, ce qui élimine la nécessité d’avoir un guide en chair et en os.

En se dirigeant d’un site à l’autre, des témoignages d’anciens employés d’industries, de résidents de longue date et de promoteurs sont entendus. Ces extraits d’entrevues plongent les participants dans la réalité du quartier dans les années 1950, quand les enfants se baignaient dans le canal de Lachine, s’accrochaient au train pour qu’il les transporte à l’école et travaillaient dans ces industries dès l’âge de 16 ans.

«Toutes les histoires racontées sont très puissantes, mais seulement si on les entend de nos propres oreilles. C’est difficile de représenter correctement des émotions comme celles-là dans un livre», explique M. High.

Cette expérience lancée en 2014 est destinée aux Montréalais et non aux touristes, affirme le professeur. Les témoignages y sont livrés autant en anglais qu’en français, sans doublage, afin de préserver le caractère historique de la visite.

Histoire orale

Alors que le début de la visite est plutôt centré sur la vie de quartier avant son obsolescence 1959, la seconde moitié traite des relations interculturelles dans la Petite-Bourgogne et du renouveau urbain du quartier, mais surtout des conditions de travail d’antan. Des témoignages racontent des premières lignes les luttes ouvrières de l’époque, dont la grève de huit mois à la minoterie Robin Hood en 1977.

Sont ensuite décrites les fermetures des entreprises du secteur dans les années 1960 à 1980, qui ont mené à la perte de dizaines de milliers d’emplois manufacturiers et un important exode de la population et la désertion éventuelle du secteur. La population du Sud-Ouest est passée de 120 000 à 66 000 personnes entre 1961 et 1991.

Finalement, la reconversion du canal qui s’en est suivie est aussi racontée des perspectives citoyenne et immobilière.

Gentrification

À la fin de l’enregistrement, les personnes interrogées mentionnent qu’elles s’inquiètent que le caractère ouvrier du canal de Lachine se perde aux mains du développement immobilier et l’embourgeoisement, déjà entamés depuis quelques années

«La gentrification ne transforme pas seulement l’offre commerciale et le cadre bâti, mais aussi les relations entre les gens. Plus la communauté a un sens d’elle-même comme acteur historique, plus il sera difficile de la transformer», avance Fred Burrill, activiste anti-embourgeoisement, doctorant en histoire à Concordia et résident de Saint-Henri.

Pour lui et Steven High, le but principal de l’audioguide est d’encourager la population à intervenir dans le processus de transformation urbaine afin de garder vivante la mémoire collective de ces quartiers, qui étaient autrefois destinés aux ouvriers plutôt qu’aux mieux nantis.

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