The Associated Press Andrzej Duda

Jusqu’à trois ans de prison pour quiconque, citoyen ou étranger, utilise les mots «camps de la mort polonais» pour désigner les camps nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale. La dernière signature nécessaire à l’adoption du projet de loi, celle du président Andrzej Duda, a été obtenue.

Sans surprise, cette décision a déclenché une crise diplomatique entre la Pologne et Israël. Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson se dit «déçu» de la situation, alors qu’à Berlin, c’est le silence radio.

La loi de la vérité
Jugée inconstitutionnelle, cette loi avait été tablettée il y a plusieurs années avant d’être dépoussiérée le mois dernier par le parti ultranationaliste au pouvoir en Pologne.

Le président Duda est accusé d’atteinte à la liberté d’expression et de vouloir blanchir la Pologne de son implication dans l’Holocauste. Il se défend toutefois en affirmant vouloir préserver la vérité historique et la réputation du pays.

Toute la vérité?
Lors de l’invasion allemande, en 1939, la Pologne comptait la plus grande communauté juive en Europe. Les camps nazis qui y ont été créés, dont le sinistement célèbre camp d’Auschwitz, étaient contrôlés par les autorités allemandes.

En somme, Duda veut réaffirmer que la Pologne occupée n’avait ni gouvernement ni pouvoir administratif et qu’il est historiquement faux de prétendre que l’État polonais ait pu être complice de l’Holocauste. Après tout, des millions de Polonais ont péri aux côtés des Juifs, aux mains des nazis, dans ces camps.

Un appel à la nuance
Les opposants, dont de nombreux historiens, somment la Pologne de tenir compte du contexte plus large de la guerre. Il est vrai que la Pologne occupée, contrairement à l’Autriche ou à l’Italie, par exemple, n’a pas adopté le fascisme ou le nazisme comme idéologie politique.

Néanmoins, comme une grande partie de l’Europe, la Pologne était consumée par l’antisémitisme. L’histoire rapporte non seulement le massacre des Polonais par les Allemands mais également le massacre de nombreux Juifs aux mains de leurs concitoyens polonais. On craint donc que cette loi ne promeuve une vérité partielle pour apaiser la culpabilité d’un peuple à la fois victime et bourreau.

Un crescendo inquiétant
Cette promulgation s’inscrit également dans un contexte plus vaste : la montée actuelle de l’extrême droite en Pologne et en Europe. En novembre dernier, des nationalistes ont scandé par dizaines de milliers: «Une Pologne pure, une Pologne blanche.»

Alors que les crimes haineux ont augmenté de 40% en deux ans en Pologne, le Conseil contre la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance a été aboli. Ukrainiens, juifs, musulmans, LGBTQ+: les groupes ciblés sont nombreux. Les droits des femmes ont également reculé, l’avortement étant quasi impossible à obtenir pour les Polonaises.

Un devoir de mémoire
Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a réitéré la responsabilité allemande dans l’Holocauste, s’abstenant de commenter la décision polonaise.
En août 1939, quelques jours avant l’invasion de la Pologne, Hitler avait demandé aux commandants en chef de l’armée allemande : «Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens?»

En pleine montée du populisme, en Europe comme dans le reste du monde, il semble plus nécessaire que jamais de ne pas oublier.

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