Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Bernard «Rambo» Gauthier

Dans sa dernière chronique, mon collègue Stéphane Morneau s’interrogeait, voire vociférait, contre la présence de Rambo Gauthier à la grande messe dominicale, Tout le monde en parle.

Selon Stéphane: « […] les médias ont une certaine responsabilité sur le contenu qu’ils présentent et ça inclut, à mon avis, la sélection de ceux qui reçoivent le privilège de s’exprimer et de s’expliquer sur la place publique.»

Il ajoute: «Rambo Gauthier l’a démontré hier – il s’agit effectivement d’un privilège et il ne le mérite certainement pas. Je m’explique, parce qu’on me reproche déjà d’être pour la censure alors que je suis plutôt contre l’intolérance et les messages haineux.»

Qu’on le souhaite ou non, le collègue touche une corde sensible. LA corde sensible, en fait. N’est-ce pas cette même surmédiatisation de la bêtise trumpiste qui a mené ce dernier au pouvoir? N’était-ce pas justement la stratégie du Grand Orange? Le classique parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en? En (très) bonne partie, oui.

Quiconque a déjà lu mes essais connaît les inquiétudes et les critiques que je formule d’ordinaire à l’endroit de l’agenda médiatique. Sauf qu’ici, bien franchement, il me semble ardu d’adresser quelconque reproche quant à la visibilité, forte il est vrai, de Bernard Gauthier.

D’abord, parce que ce dernier était déjà, depuis quelques années déjà, bien connu du grand public québécois. Pas nécessairement pour les bonnes raisons, certes, mais connu quand même. Nonobstant les compétences, on ne parle pas ici de Jo X.

Ensuite, le bougre vient de créer un parti politique, un vrai, un officiel. Avec un engouement populaire certain. On répliquera, à juste titre d’ailleurs, que ce même engouement est justement provoqué par la visibilité obtenue. Ceci explique cela, donc. Sauf qu’une telle visibilité n’est pas obligatoirement garante de succès politique. Pensons à Option nationale au temps de Jean-Martin Aussant.

Ainsi, sur quelles bases peut-on refuser la participation d’un chef de parti à une émission de variété/affaires publiques? Stéphane laisse entendre que les fondements du discours de Gauthier, c’est-à-dire les messages haineux et l’intolérance, devraient suffire à lui interdire de participer à la grande messe, notamment.

Ici encore, suis en désaccord. En fait, malgré un discours clairement xénophobe et quasi-mysogine, entre autres, Gauthier n’a pas, à ce stade du moins, franchi la ligne. Quelle ligne? Celle du discours haineux prohibé par le Code criminel. Compte tenu du franc-parler de la bête, cela dit, ceci arrivera probablement plus vite que plus tard. Mais pour l’instant, non.

Le truc de l’intolérance soulève, pour sa part, une autre question: si on censure Rambo, fera-t-on de même avec les Lisée et Legault, lesquels multiplient, depuis quelques années déjà, les déclarations populistes visant à créer une barrière factice entre Nous et l’Autre? Pensons, pour seuls exemples, au test des valeurs (avec déportation possible), de la Charte des valeurs (avec congédiement possible), la nécessité de réduire les seuils d’immigration (sans preuve à l’appui), le délire sur le burkini (lequel, selon Lisée, dissimulerait des bombes), l’affaire Charkaoui. Devra-t-on également bannir des ondes Bernard Drainville, lequel balançait, à qui voulait l’entendre, avoir un malaise avec les femmes portant le hidjab?

En bref, et vous pardonnerez ma candeur (une fois n’est pas coutume), mais autant le discours de Gauthier agace, voire horripile, autant il serait une mauvaise idée de censurer, directement ou non, ce dernier. Surtout que ceci, selon toute vraisemblance, en finirait à alimenter sa rhétorique sur la victimisation, cette fois fondée sur un complot médiatique présumé. La cassette de Trump, en d’autres termes.

Avec respect, cher Stéphane, pas trop une bonne idée, la censure de Rambo. Soyons plutôt naïfs, si tu le veux bien: adressons-nous, et faisons confiance, à l’intelligence des gens. Eux-mêmes jugeront.

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