Hey les amis! C’est quasiment fini!

Dans un peu plus de 24 heures, la campagne politique la plus ridicule de l’histoire américaine sera terminée. Si la tendance se maintient, Hillary Clinton devrait remporter la présidentielle américaine sur son rival Donald Trump.

Fini, donc, la campagne de M. Trump, reconnue par plusieurs comme étant la plus mensongère de l’histoire du pays de l’Oncle Sam.

Mais attention: ce style de campagne fera des petits. Soyez assurés que des apprentis politiciens de partout dans le monde ont pris des notes. Les campagnes politiques à venir pollueront le web avec des idioties de toutes sortes. Vous verrez des memes mensongers, des fausses nouvelles ridicules et des images trafiquées sur Facebook et sur Twitter. Et nous voyons déjà des signes que cela débarque au Canada.

La machine des fausses nouvelles politiques
Pour tenter de se faire élire, Donald Trump a menti éhontément aux médias et aux électeurs, ça, c’est bien connu.

Par contre, il faut comprendre qu’il y avait toute une machine de fausses nouvelles virales derrière lui. M. Trump n’avait même pas besoin de mentir, la machine se contentait de le faire à sa place (et il arrivait aussi à M. Trump de partager sans broncher une de ces histoires abracadabrantes).

Il y avait bien sûr des «médias» propagandistes à sa merci, comme le site Breitbart News, dont le dirigeant, Stephen Bannon, a aidé à organiser la campagne de M. Trump. Ce site joue un peu n’importe comment avec l’information, mélangeant rumeurs, interprétations douteuses et mensonges pour faire avancer la cause de son candidat favori.

Mais ce n’est pas tout!

L’inspecteur viral vous a déjà parlé du reportage du New York Times Magazine, qui faisait état, fin août, d’un vaste réseau de pages Facebook ultra partisanes qui, elles aussi, font circuler toutes sortes de faussetés à propos de la campagne électorale. «Tant que ça fait réagir et que les gens partagent, peu importe si c’est vrai» est la devise de ces pages, dont les administrateurs ont compris que, sur le champ de bataille des réseaux sociaux, l’émotion prime sur tout.

Une enquête de Buzzfeed News leur a donné raison il y a quelques semaines. En analysant la performance d’articles de nouvelles sur les réseaux sociaux, on a constaté que, sur les pages ultra partisanes, plus une nouvelle est fausse, plus elle circule. De plus, les publications des pages ultra partisanes fonctionnent généralement mieux sur les réseaux sociaux que ceux des médias fiables. Chouette.

Mais ce n’est encore pas tout!

Buzzfeed News révélait la semaine dernière que plusieurs sites qui publient des fausses nouvelles afin de faire la promotion de la campagne de M. Trump proviennent de… la Macédoine. Dans des entrevues avec le site, les administrateurs de ces pages ont affirmé avoir peu ou pas d’opinions sur la campagne américaine. Ils ont simplement compris que les partisans de M. Trump allaient partager des histoires qui démonisaient Hillary Clinton ou qui encensaient Donald Trump, peu importe leur véracité.

«Oui, les informations sur les blogues sont médiocres, fausses et trompeuses, mais la logique est: si cela pousse les gens à cliquer dessus et à réagir, alors c’est bien», a expliqué un d’entre eux.

Facebook est construit de manière à donner un avantage indu aux fausses nouvelles. La logique des réseaux sociaux fait que publier des fausses nouvelles politiques confère toutes sortes d’avantages: pour les pages qui les publient, ça rapporte des revenus et de la visibilité; pour les politiciens, ça mobilise et endurcit leur base électorale.

Une stratégie qui sera copiée
Vous pensez que le Canada sera épargné de ce style de campagne? Ne faites pas rire l’inspecteur.

Déjà, des pages Facebook ultra partisanes font circuler toutes sortes d’âneries dans le but de mettre des politiciens dans l’embarras. De jeunes Canadiens ont aussi compris que, en écrivant des faux articles sur Justin Trudeau, ils peuvent générer quelque 10 000$ en un seul mois.

La machine s’installe ici aussi.

Et, vraiment, agir de la sorte est simplement la suite logique du web. Contrairement à une vraie nouvelle, écrire une fausse nouvelle ne coûte rien. Si ça fonctionne, on empoche les partages et les revenus publicitaires. Si des journalistes casseurs de party comme l’inspecteur viral viennent démentir l’histoire, on explique tout simplement qu’il y a «une conspiration des médias» contre nous. Et pendant ce temps, nos partisans croient à toutes sortes de bêtises, comme l’histoire qui dit que Hillary Clinton est une sorcière.

Non, ce n’est pas une métaphore ou une exagération. C’est précisément ce qu’un site de conspirations pro-Trump a avancé.

Oh mais attendez, il y a encore mieux!

Adobe présentait dimanche son nouveau programme VoCo, qui permet d’altérer les voix comme Photoshop le fait pour les images. En quelques minutes, on peut capter sa propre voix (ou celle de quelqu’un d’autre) et lui faire dire n’importe quoi. À cela s’ajoute ce merveilleux (et terriblement inquiétant) projet de l’université Stanford, qui permet de modifier à sa guise un visage dans une vidéo:

Imaginez-donc un monde où des gens mal intentionnés peuvent prendre une vidéo du premier ministre,  puis changer son visage et sa voix pour lui faire dire quelque chose de scandaleux. Le résultat ne sera sans doute pas parfait, mais juste assez vraisemblable pour que ses opposants y croient. Quel effet cela aura-t-il sur les campagnes électorales du futur?

Et tout ça, dans un contexte où les médias d’information ne font que perdre du terrain, et où on explique que, de toute façon, il ne faut pas leur faire confiance.

Si Facebook ne fait rien pour corriger son sérieux problème de fausses nouvelles, les campagnes électorales du futur auront l’air de ça.

Bonne soirée d’élections mardi!

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