L.G. Patterson/AP Michael Sam

La nouvelle a été accueillie positivement ce matin : les Alouettes de Montréal ont signé Michael Sam, le premier jouer de football ouvertement gai de la NFL et, maintenant, le premier de la CFL. Je ne connais rien au football – on m’a dit qu’avec son gabarit, il était parfait pour la CFL – mais je peux répondre à un commentaire récurrent sur son orientation sexuelle : «On s’en fout qu’il soit homosexuel, non?».

La réponse est oui, et non.

Évidemment, le fait que Michael Sam préfère les hommes ne change rien à ses compétences sur le champ. Le seul commentaire ouvertement homophobe – ou ignorant, ce qui revient parfois au même – que j’ai pu lire à ce sujet était : «Va-t-il y avoir deux vestiaires?». Aussi, dans un monde idéal, on devrait effectivement pouvoir se foutre du fait que Michael Sam soit homosexuel.

Mais nous sommes loin de vivre dans un monde idéal.

Les homosexuels sont encore victimes d’homophobie, et dans un milieu particulièrement macho comme le sport, c’est d’autant plus vrai. Un ensemble complexe de facteurs participent au tabou de l’homosexualité dans le sport : l’importance des commanditaires, la question des vestiaires qui ne devrait pas en être une, et l’association fallacieuse selon laquelle l’homosexualité est un manque de virilité et selon laquelle la virilité est un facteur déterminant dans la performance sportive. Pour que les choses changent, l’organisme You Can Play invite les athlètes gais et les alliés hétéros à faire équipe pour briser le tabou.

Mais les sportifs professionnels ouvertement gais demeurent rares. On n’en compte aucun dans la LNH. Jason Collins a brièvement joué pour les Nets après avoir été le premier joueur de la NBA à faire son coming out. David Testo n’a plus joué professionnellement au soccer après avoir révélé son orientation sexuelle. Le message général que cela envoie à un jeune sportif est que s’il est gai, vaut mieux qu’il garde ça pour lui.

Dans cet écosystème hostile pour les joueurs gais, une personne comme Michael Sam brise des barrières. C’est un modèle.

Les gens qui disent qu’on s’en fout sont sûrement remplis de bonnes intentions. Certains d’entre eux voudraient voir l’homosexualité banalisée. D’autres encore pensent que «ça ne nous regarde pas». Si cette façon de voir les choses n’est pas fausse, elle est aussi issue d’une conception strictement sexuelle de l’homosexualité. Or, l’homosexualité, ce n’est pas quelque chose qu’on devrait vivre caché, seulement dans la chambre à coucher, comme le proposait assez progressivement pour l’époque Pierre Elliott Trudeau en 1969.

Mais aussi, quand on affirme que ce n’est pas important que Michael Sam soit gai, on minimise le courage nécessaire pour assumer son orientation sexuelle dans un milieu si hostile. Cela donne à penser que tout est gagné et que les homosexuels sont acceptés dans tous les milieux. Or, c’est loin d’être le cas.

Maintenant, oui, il est regrettable que Michael Sam ait à porter tout le fardeau d’une culture sportive qui a trop longtemps été réfractaire à l’homosexualité. Il est à souhaiter qu’on parlera de lui pour d’autres raisons. On le ferait, s’il n’était pas le seul à s’affirmer et c’est pourquoi il faut saluer son courage. Ce n’est pas rien.

 

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