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Quadruple championne du monde de Counter Strike, Stéphanie Harvey vit dorénavant à Los Angeles où elle a décidé de se consacrer à plein temps à son jeu vidéo préféré. La jeune femme n’hésite pas à dénoncer haut et fort le harcèlement en ligne dont les femmes sont constamment victimes.

Ton nom en ligne est MissHarvey, ce qui traduit évidemment ton genre. Des femmes choisissent d’avoir un nom neutre afin de ne pas se faire harceler. Est-ce quelque chose à laquelle tu as déjà pensé?
Lorsque j’ai choisi mon nom, j’avais 17 ans et je n’y ai pas pensé plus que ça. Maintenant, mon nom est une marque et il ne serait pas envisageable de le changer, mais c’est certain qu’à refaire, je choisirais un nom non genré. Ma carrière aurait été beaucoup plus facile.

Tu es souvent désignée comme porte-parole féministe, est-ce un rôle qui te convient?
Je ne me suis pas donnée le rôle de porte-parole féministe. Je donne mon opinion haut et fort et j’encourage l’égalité entre les sexes. Présentement, il y a encore de gros problèmes pour les femmes et je veux les dénoncer. Je suis clairement féministe, mais je ne cherche pas à porter ce chapeau-là. Il m’est attribué malgré moi car je suis une des seules qui en parlent. Je ne l’ai pas choisi, mais je l’accepte.

Ton équipe est 100% féminine, mais tu as déjà joué dans des équipes mixtes, quelles sont les différences?
Mes coéquipières femmes ne remettent jamais en doute mes compétences parce que je suis une fille, mais parce que je n’ai pas assez travaillé.

Mes coéquipiers hommes avaient l’habitude d’insinuer que le problème était le fait que je sois une femme: «Peut-être qu’on devrait la remplacer parce que c’est une fille?».

Malgré le succès et la reconnaissance, tu es encore victime de harcèlement?
Oui, énormément. Il y a beaucoup de messages sur les forums, sur les médias sociaux, etc. J’en reçois comme n’importe quelle personnalité publique, en fait.

Avant la célébrité, à quoi ressemblait ce harcèlement?
C’était des messages liés au jeu, mais je ne veux pas en parler plus que nécessaire, ça leur donne de l’importance et ils sentiraient gagnants. Je n’ai pas toujours été silencieuse face au harcèlement, mais c’est l’attitude que j’adopte dorénavant.

Organiser des championnats de jeux vidéo seulement pour les femmes, est-ce vraiment nécessaire?
Il existe seulement deux à trois tournois par année pour les femmes, donc on est loin de parler de «beaucoup de championnats». Je trouve que c’est vraiment nécessaire d’avoir des évènements réservés aux femmes. Tout au long de l’année, avec mon équipe, on joue contre des hommes et seulement trois fois par an, on se retrouve contre des femmes. Ça fait la promotion du jeu dans les universités, par exemple. On crée un hype. C’est grâce à des évènements comme ceux-là que je me suis mise à jouer, il y a 15 ans. Il y a deux jours, j’ai reçu un message d’une jeune fille de Montréal qui s’est mise à Counter Strike après l’un de ces tournois et elle s’est qualifiée pour un championnat en Pologne où je me rends moi-même, dans un mois.

Tu as co-créé MissCliks, que souhaites-tu accomplir avec cette organisation?
Nous souhaitons créer un espace sain où les femmes et tous ceux qui souffrent de harcèlement en ligne -pas seulement les femmes- se sentent libre de s’exprimer en toute sécurité, parler de jeux vidéos, de culture geek, etc. Par exemple, on a un réseau en ligne où les personnes peuvent apprendre comment naviguer à l’intérieur d’un jeu comme Donjon et Dragons, échanger avec les autres.

En quoi les choses ont changé entre 2003, lorsque tu as commencé, et 2017 pour les femmes dans le jeu vidéo?

«Ça n’a pas vraiment changé en fait, outre le fait que les médias ont arrêté de s’étonner qu’une fille ait envie de jouer à des jeux vidéos.»

Le reste est plutôt similaire. C’est l’univers qui a changé. Ce n’est plus pour des gars dans leur sous-sol, c’est pour tout le monde. C’est accepté par la société et c’est devenu mainstream. Je trouve ça positif. Il y a évidemment, plus de femmes qui jouent maintenant, aussi.

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Questions en rafale

D’où viens-tu? De Québec.
Ta profession? Joueuse professionnelle à temps plein et designer de jeux vidéo chez Ubisoft Montréal.
Où vis-tu? J’ai déménagé à Los Angeles pour me consacrer pleinement à ma carrière de joueuse professionnelle.
Le nom de ton équipe? On s’appelle Counter Logic Gaming et ma division est composée de cinq femmes.
À quoi ressemble tes journées? Je joue de 8 à 9 heures par jour, dont 6 heures en équipe, à raison de 5 jours par semaine.
Quand as-tu commencé à jouer à Counter Strike? À 17 ans, en 2003.
Comment as-tu découvert Counter StrikeJ’avais des amis au secondaire qui jouaient tout le temps à Counter Strike dans des LAN, pendant l’heure de midi. Un jour, je les ai suivi et j’ai commencé à jouer avec eux.
Ta première console de jeux vidéo? Une Nintendo offerte par mes parents.
Le premier jeu vidéo auquel tu as joué? Super Mario Bros 3.
Ton jeu préféré? Counter Strike, évidemment!
Tes projets futurs? J’ai décidé de consacrer encore une autre année à être joueuse à plein temps et après je verrai. Présentement, je travaille très fort avec mon équipe pour prouver à tous qu’on est capable de jouer dans les ligues américaines.
Différences entre le Québec et les États-Unis dans le fait d’être une femme en jeux vidéo? Il n’y en a pas vraiment. Il n’y a pas de frontière en ligne, pas de pays. Même lorsque je me déplace dans des évènements, c’est plutôt semblable.

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