Être choisi(e) pour une job à cause de son genre au lieu de ses compétences. Croire qu’on a le pouvoir de faire changer les choses, mais dans les faits, non. Ne pas réussir à redresser la barre parce que la tâche est impossible et se faire dire que c’est parce qu’on est une femme! Ce sont quelques exemples de ce qu’on appelle du tokénisme, une francisation du mot anglais «tokenism», qui vient do mot anglais token (jeton). Pour contrer une situation de mauvaise relation presse, certaines entreprises y ont recours. Explications.

L’entreprise Uber a cherché un nouveau CEO après la démission de Travis Kalanick, largement liée aux scandales de harcèlement sexuel au sein de l’entreprise. Plusieurs femmes ont été approchées pour le poste:
– Sheryl Sandberg (directrice des opérations de Facebook),
– Meg Whitman (directrice générale de Hewlett Packard Entreprise),
– Susan Wojcicki (directrice générale de YouTube),
– Mary Barra (directrice générale de General Motors),
– Carolyn McCall (directrice générale de EasyJet)

Aucune femme n’a accepté l’offre.

Pourquoi, aucune femme n’a voulu relever ce défi? Je crois que personne n’aime être le «cache-misère» de qui que ce soit. Le tokénisme est l’action de prendre une personne représentant la diversité et de la placer au sein d’un conseil d’administration (C.A.), à la réception d’une organisation ou à un poste dans la haute direction pour bien paraître. En résumé, on la met aux premières loges, car elle représente l’argument: «Pour notre entreprise, la diversité est importante. La preuve, nous avons choisi telle personne pour faire partie de notre C.A.» Dans ces cas-là, si on regarde de plus près, généralement, les autres membres du C.A. sont des hommes blancs et/ou la personne n’a, dans les faits, aucun pouvoir décisionnel.

On parle de tokénisme lorsque des entreprises cherchent des solutions aux accusations de manque de diversité. C’est une solution rapide qui permet d’éteindre des feux, mais ça ne prend pas le problème à la source. C’est un cache-misère.

Pourquoi le tokénisme est mal?

1. Prendre un(e) membre d’une communauté et la/le placer en porte étendard de tous les autres est réducteur pour la personne «token». On diminue ses accomplissements et son expérience en ne l’ayant pas choisi pour ceux-ci.

2. Prendre un(e) membre d’une minorité, sans qu’elle/il ait de pouvoir ou un pouvoir restreint à celui des autres membres du groupe, c’est lui donner une illusion d’importance.

3. Imposer le fardeau à un(e) individu(e) afin qu’elle/il représente tous les autres membres de son groupe, est une très lourde responsabilité qu’elle/il n’a pas forcément choisie.

4. Il existe un phénomène appelé «falaise de verre» (en anglais «glass cliff»), dans lequel les femmes sont plus souvent appelées à jouer un rôle de chef d’entreprise en période de crise et sont donc soumises à plus de critiques si les entreprises ne fonctionnent pas bien.

Qui voudrait être le «faire-valoir» d’une entreprise qui a de profonds problèmes organisationnels et culturels?

Certaines femmes acceptent ce rôle, y voyant probablement un défi à relever et s’y brûle les ailes, comme Marissa Mayer chez Yahoo.

Dans une entrevue au Financial Times, à l’annonce de sa démission, elle a dit: «J’ai essayé de ne pas tenir compte du fait que je suis une femme dans un milieu dominé par les hommes. Je crois que la technologie est un lieu neutre du point de vue des genres, mais je pense qu’il y a eu des rapports biaisés à cause de son genre. Nous voyons toutes ces choses qui pèsent sur les femmes leaders, comme ces articles qui parlent de leur apparence, lorsque Hillary Clinton porte un nouveau pantalon, par exemple. Je pense que toutes les femmes sont conscientes de cela, mais j’avais espéré qu’en 2015 et en 2016 la situation serait différente. C’est dommage.» [traduction libre]

Partant du principe qu’une fois qu’on connait un phénomène, il nous est plus facile de l’identifier et donc de l’empêcher, à nous tous d’ouvrir les yeux.

Et afin de ne pas faire preuve de tokénisme moi-même, je tiens à dire que je ne parle pas au nom de toutes les femmes en tech. Plusieurs femmes et hommes sont d’accord avec moi et plusieurs femmes et hommes sont en désaccord avec moi.

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