Certains hommes n’aiment pas voir les femmes réussir, on le sait et on ne s’en étonne plus vraiment. Les femmes qui ne veulent pas voir les femmes réussir, ça reste difficile à accepter. J’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi. Si les femmes ne s’entraident pas, c’est une forme de trahison encore pire que celle commise par les hommes. J’ai décidé de me pencher sur la question.

Commentaire laissé sur la page Facebook de Métro, à la suite de la publication d’un article sur un espace réservé aux femmes à Montréal.

Il existe une expression en anglais pour qualifier une femme qui ayant réussi  – comprendre: une femme qui a atteint un poste de très haute direction dans une entreprise – ne veut pas aider d’autres femmes à réussir à leur tour: la Reine Mère («Queen Bee» en anglais).

Voici les raisons d’un tel comportement.

La Reine Mère a le sentiment que personne ne l’a aidée alors pourquoi aiderait-elle les autres? Dans les faits, elle a très probablement eu de l’aide, car qui peut vraiment s’être hissée dans une hiérarchie sans avoir compté sur personne?

Les femmes retirent l’échelle pour les autres femmes par peur de la compétition. Le nombre de femmes présentes sur un conseil d’administration (C.A.) est incroyablement bas. Nos amies à La Gouvernance Au Féminin le confirment: moins de 16% de femmes siègent sur les C.A. au Canada. Parce qu’il y a peu de places pour les femmes à la table, celles qui s’y trouvent veulent y rester. Cela dit, si plus de femmes étaient invitées à siéger sur les C.A., alors les femmes ne se sentiraient pas menacées. Cette peur de la compétition a été expérimentée par Rachelle Houde Simard, stratège numérique. Elle me raconte cette anecdote: «Une gestionnaire de projet web chez un fournisseur n’arrêtait pas de me compliquer les choses en me faisant passer pour une pioche. Elle voulait absolument que je crée un nouveau document [mais ça ne faisait pas de sens]. Son collègue, par contre, avait pris le temps de m’écouter et de trouver une solution [avec moi]. Il ne savait pas pourquoi elle insistait [tant]. C’était sûrement dû à son caractère, mais je sais aussi qu’elle était la seule femme de son équipe.»

Evelyne Drouin, artiste multidisciplinaire numérique, raconte son expérience où l’aspect générationnel a joué un rôle important selon elle: «Ça m’est souvent arrivé lorsque je travaillais en tant que DJ et productrice que des artistes féminines m’aident au début, puis mettent un terme à la relation quelques temps après parce qu’elles finissaient par me voir comme une menace. J’étais plus jeune qu’elles.»

Un article du New York Times explique que le professeur en psychologie, Loran Nordgren et ses collègues, ont constaté que l’esprit humain a tendance à rendre ses expériences passées moins pénibles qu’elles ne l’ont vraiment été. Le fait de réfléchir sur sa propre expérience amène à sous-évaluer le défi. Résultat? Les femmes qui ont difficilement gravi les échelons manquent de compassion pour celles qui ont à traverser les mêmes difficultés.

Sheryl Sandberg, auteure de Lean In et directrice des opérations chez Facebook explique que de retirer l’échelle est une façon naturelle de réagir à la discrimination lorsqu’on appartient à un groupe non dominant. Craignant que leur groupe ne soit pas valorisé, certaines femmes s’en éloignent, évitant d’être affiliées à des groupes qui sont considérés comme ayant un statut social inférieur.

«Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas.» –Madeleine Albright

Pourquoi est-il important de s’entraider?
Cassie Rhéaume, fondatrice du chapitre francophone montréalais de Ladies Learning Code, parle régulièrement de l’importance de s’entraider entre femmes. Selon elle, cela permet de se constituer un réseau fort, ce qui est bénéfique pour les carrières de toutes. Malheureusement, les femmes ne le font pas assez, comme indiqué dans le rapport de TECHNOCompétences de 2017.

Étant donné que toutes les femmes connaissent du sexisme, elles devraient être plus sensibles aux obstacles spécifiques à leur genre auxquels sont confrontées les autres femmes. À leur tour, elles devraient être amenées à favoriser les alliances et à se soutenir les unes les autres.

Il existe des preuves montrant les avantages à s’entraider. Dans l’article de The Atlantic, l’auteure explique que lorsque les femmes ont des superviseures féminines, elles déclarent recevoir plus de soutien côté famille et organisation, qu’avec des superviseurs masculins. Selon le même article, des études montrent que lorsque un nombre important de femmes occupent des postes de direction, l’écart salarial entre les genres est diminué.

Évidemment, toutes les femmes ne sont pas comme ça. Rachelle Houde Simard explique: «Je repense beaucoup aux personnes qui m’ont aidée tout au long de mon cheminement et à y penser, les femmes y ont vraiment joué un rôle important. Mes premiers leads ou clients provenaient de femmes.»

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