L’annonce surprise de l’acquisition de Compulsion Games par Microsoft au Electronic Entertainment Expo (E3) de Los Angeles place le studio de jeux vidéo montréalais dans une position enviable: celle de pouvoir profiter de la visibilité et des ressources offertes à un studio appartenant à un fabricant de consoles tout en conservant son indépendance créative. Et son fondateur, Guillaume Provost, compte bien en profiter.

Une offre qui ne passe qu’une fois
Compulsion Games n’avait pas besoin de se faire acheter. «Nous sommes en excellente position financière depuis deux ou trois ans», confirme Guillaume Provost, le fondateur du studio qui a pignon sur rue dans une ancienne usine de gramophones dans Saint-Henri, à Montréal.

Le studio ne cherchait pas d’investisseurs, et le lancement à venir de son deuxième jeu en août, We Happy Few, aurait suffisamment renfloué les coffres à lui seul pour assurer le développement du prochain projet de l’entreprise fondée en 2009.

Le vétéran de l’industrie, rencontré à Los Angeles à l’occasion du E3, note d’ailleurs qu’il a refusé une offre d’achat par un autre groupe il y a un an et demi à peine. L’offre de Microsoft était toutefois différente. «Nous n’avons pas accepté pour l’argent, mais pour des raisons stratégiques. C’était la meilleure façon d’avoir les outils pour faire les meilleurs jeux possible», explique le directeur créatif de l’entreprise. 

Les studios qui sont des filiales de fabricants de consoles (les first party, dans le jargon) sont assez rares. Un seul autre first party existait jusqu’ici au Canada, le studio britano-colombien The Coalition, une autre filiale de Microsoft. Faire partie d’une famille du genre donne accès à l’expertise des autres studios et donne accès à des ressources pratiquement infinies.

Les fabricants de consoles acquièrent les développeurs de jeux au compte-gouttes, mais Microsoft a annoncé au E3 la création et l’acquisition de cinq studios en tout, du jamais vu dans l’industrie. Alors que Sony affiche depuis plusieurs années un robuste catalogue d’exclusivités, Microsoft tire de la patte de ce côté, et ces acquisitions devraient permettre à la division Xbox d’étendre son portfolio créatif.

«Nintendo n’a pas un besoin urgent de nouveaux studios, et Sony non plus. Microsoft était intéressée à faire l’acquisition de plusieurs. Si nous voulions un jour devenir un studio qui soit un flambeau pour une plateforme, c’était peut-être l’occasion ou jamais», résume Guillaume Provost.

Compulsion Games conserve son indépendance
Le studio montréalais n’a pas accepté l’offre – dont les détails financiers n’ont pas été dévoilés – instantanément pour autant. «Nous avons posé beaucoup de questions. Nous voulions nous assurer que nous pourrions garder notre souplesse créative et que nous pourrions opérer d’une façon similaire à aujourd’hui, mais avec plus de moyens», raconte le fondateur de Compulsion Games, dont le jeu à paraître est un titre particulièrement déjanté, mais aussi un jeu solo basé sur son histoire, loin des «jeux comme un service» dont l’industrie raffole tant.

Son équipe a été rassurée par les propos de Microsoft. «Microsoft nous a acheté pour le genre de jeux qu’on fait aujourd’hui, pas pour qu’on fasse autre chose», explique Guillaume Provost, ajoutant aussi qu’ils ne sont pas limités à une licence en particulier. Le prochain projet de l’entreprise pourrait donc très bien ne pas être une suite à We Happy Few.

«Nous sommes encore dans notre nuit de noces, mais pour l’instant, tout est positif, je suis vraiment content et excité pour l’équipe», observe-t-il avec un enthousiasme évident.

Visées ambitieuses pour Compulsion Games
Compulsion Games n’est qu’un petit studio de 36 personnes, mais l’entreprise compte bien croître après le lancement de We Happy Few cet été. «Le fait que nous allions grossir était inévitable, avec ou sans Microsoft», estime Guillaume Provost. Celui-ci se montre toutefois rassurant: «nous n’allons pas avoir 300 personnes dans trois ans. Nous avons toujours grossi d’une façon progressive, en prenant le temps de bien choisir nos candidats et d’examiner les besoins de l’équipe. La différence, c’est que nous pourrons maintenant le faire sans trop avoir à se soucier de combien ça va coûter». 

À plus long terme, le fondateur de Compulsion Games espère que son studio sera reconnu à l’international pour ses oeuvres majeures et de qualité. Le genre de jeux qu’il crée – des titres avec de fortes histoires, qui ne sont pas forcément en ligne et sans microtransactions, par exemple – est souvent associé à des filiales de Sony, comme les studios Naughty Dog et de Santa Monica. Guillaume Provost n’a pas peur de la comparaison.

«Nous ne sommes pas encore assez gros ou matures pour entrer en compétition avec ces studios-là, mais on peut se créer une trajectoire pour le faire», explique-t-il.

Un objectif ambitieux? Certainement. Mais Compulsion Games a maintenant les moyens de ses ambitions.

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