Les hommes de Montréal obtiennent moins de services psychosociaux appropriés à leurs besoins que les femmes.

C’est ce qu’avance une étude dévoilée aujourd’hui, menée auprès d’intervenants de Centres de santé et de services sociaux (CSSS) et d’organismes communautaires, de même qu’auprès d’hommes qui ont utilisé ces services. Des recherches statistiques croisées ont aussi été menées à travers les bases de données de divers organismes comme Statistique Canada, l’Institut de la statistique du Québec et l’Institut national de santé publique.

On y apprend notamment qu’à peine un tiers des personnes recevant des services en santé mentale dans les CLSC sont des hommes, alors qu’ils souffrent de troubles mentaux dans des proportions similaires aux femmes. Leurs problèmes ne sont toutefois pas les mêmes. Les troubles d’abus et la dépendance à des substances sont davantage des problèmes masculins, alors que les femmes sont plus atteintes par la dépression et les troubles anxieux.

Par ailleurs, un homme reçoit en moyenne une intervention du CLSC de moins qu’une femme pour un problème psychologique similaire, et obtiendrait un moins bon suivi médical qu’une femme en cas de dépression.

Un des facteurs expliquant que plusieurs hommes échappent ainsi au système d’aide est qu’ils ont moins tendance à demander de l’aide. «On apprend aux hommes qu’ils doivent être forts et s’arranger tout seuls», estime Simon Louis Lajeunesse, professeur associé à l’École de service social de l’Université de Montréal et directeur de l’étude.

«Les services de soins de santé sont organisés de telle manière que ça ne répond pas toujours précisément aux besoins des hommes», ajoute Daniel Blanchette, président du Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes.

Il manque d’intervenants masculins dans les CSSS, alors que les utilisateurs des services ont souvent de la difficulté à confier leurs souffrances à une femme. Autre problème, la plupart des intervenants ne sont pas formés pour faire face aux défis particuliers que présentent plusieurs hommes en détresse, comme l’agressivité, la faible capacité d’introspection et la volonté d’être dans l’action.

Pour améliorer ces services, M. Lajeunesse croit qu’il faut principalement que les organismes prennent en compte les différences entre les hommes et les femmes dans leurs interventions. Et ces derniers ont besoin de ressources pour procéder à un changement dans les façons de faire, notamment en donnant des formations spécialisées à tous les intervenants.

Québec conscient du problème
Le gouvernement du Québec semble vouloir répondre aux besoins spécifiques des hommes en matière de santé.

À la veille de la Journée internationale des hommes, qui a lieu aujourd’hui, le ministère de la Santé a annoncé hier un financement annuel de 30 000 $ au Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes, en même temps que la reconnaissance officielle de l’organisme.

Le Regroupement, actif depuis 2011, a pour mission de rassembler divers organismes afin d’améliorer l’offre de services adaptés aux besoins des hommes.

Ce soutien est un pas dans la bonne direction, considère Simon Louis Lajeunesse, professeur associé à l’Université de Montréal. «La concertation est une des premières choses à faire, parce qu’il manque de collaboration entre tous les organismes qui offrent des services aux hommes», a-t-il estimé.

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