Soumis à trop de beauté, de nouveauté ou de pauvreté, certains touristes peuvent voir leur voyage tourner au cauchemar. Des destinations deviennent même dangereuses pour leur santé mentale… Bienvenue dans le monde du syndrome du voyageur.
Il existe un trouble psychique rare et toujours déconcertant pour les médecins qui y font face: le syndrome du voyageur. Les personnes qui en sont victimes sont amenées à l’hôpital avec, chaque fois, des symptômes semblables : désorientation, trouble de la personnalité, angoisse extrême allant parfois jusqu’au délire de persécution. Le trouble du voyageur ne semble toucher que les touristes occidentaux et survient dans des destinations apparemment sans danger.
Stéphanie a voyagé toute seule deux mois en Inde lorsqu’elle avait vingt ans. Elle se souvient: «Partout où on va, les gens grouillent, vous dévisagent, des enfants abandonnés côtoient des mendiants sans jambes. On a beau s’y préparer mentalement avant le voyage, le choc devient terriblement déstabilisant sur le terrain.» Sans repères et confrontés à des émotions fortes, certains voyageurs sensibles perdent la raison. Ce sont très souvent de jeunes adultes.
Régis Airault, ancien psychiatre au consulat de France à Bombay, a été le premier à révéler l’existence de ce «syndrome indien». Il explique dans son livre Fous de l’Inde (éd. Payot, 2002) qu’«on ne passe pas impunément et en quelques heures d’un univers cloisonné, propret, aseptisé, au chaos d’une ville de douze ou quinze millions d’habitants comme Calcutta ou Bombay. [...] Cette société est déroutante pour un Occidental. Plus qu’ailleurs, le voyageur est soumis, lors de son arrivée en Inde, à un choc culturel qui semble obéir à la loi du “tout ou rien” : c’est la séduction ou la répulsion. Chacun réagit selon sa personnalité et ses mécanismes de défense.»
Loin de la pauvreté et de la saleté, en Italie, c’est devant la richesse d’Å“uvres d’art que certains perdent la tête. L’écrivain français Stendhal l’avait évoqué dans l’un de ses romans en décrivant son malaise émotif devant les plus belles Å“uvres artistiques du monde à Florence. On retrouve une pathologie semblable chez les pèlerins de Jérusalem, qui poussent leur délire jusqu’à croire qu’ils sont des prophètes. Certains sites de Jérusalem rassembleraient une foule de touristes illuminés qui portent le culte religieux à l’extrême.
Revêtus de toges blanches, ils montent l’escalier de leur hôtel à genoux et brûlent leur passeport pour devenir le nouveau messie. Ils se déconnectent tellement de la réalité que ça les mène parfois à des tentatives de suicide. Transportés à l’hôpital et parfois aux services psychiatriques, ils ne répondent souvent pas aux traitements qu’ils reçoivent. Le seul re-mède est alors le rapatriement. Une fois qu’ils posent le pied sur le sol de leur pays d’origine, leurs symptômes disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, et rares sont les voyageurs qui se souviennent ce qui leur est arrivé.
Le syndrome de Paris
Parmi les différents syndromes du voyageur, il en existe un qui touche particulièrement les touristes japonais qui voyagent en Europe. Ils rêvent d’un Montmartre de carte postale et d’un Paris comme au cinéma, et sont souvent choqués, à leur arrivée, lorsqu’ils découvrent la réalité d’une capitale moderne. Pour Saé Shimai, réalisatrice du film Le syndrome de Paris (2008), cette pathologie serait liée à une inaptitude à communiquer, caractéristique de la culture japonaise, face au caractère latin des Français. Isolés dans leur chambre d’hôtel, certains éprouvent un fort sentiment de déception, et la tristesse les submerge, se transformant parfois en dépression aiguë. Leur seule solution: s’adapter ou repartir.