Les cacerolazos se font de nouveau entendre à Santiago. Tous les jours depuis le 12 mai, les rues de la capitale chilienne laissent échapper un concert de casseroles orchestré par des milliers d’étudiants en colère contre leur système éducatif parmi les plus chers du monde.

Leurs manifestations trouvent peu d’écho dans les médias nord-américains et européens, pas très attirés par les problèmes d’éducation et déjà fort occupés par les crises boursières, la famine en Somalie et les soubresauts des printemps arabes. Pourtant, la grogne estudiantine n’est pas propre au Chili.

La part du produit intérieur brut consacrée à l’éducation tend à diminuer chaque année dans le monde. Au Chili, elle est d’un peu plus de 4 % du PIB, bien en deçà des 7 % recommandés par l’UNESCO, taux que le Québec respecte. Le miracle économique chilien n’est pas un mirage : depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, le taux de croissance dépasse les 5 % chaque année. Le pourcentage de Chiliens vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 39 à 13 %. Les investissements dans l’éducation n’ont pas suivi, cependant.

S’inscrire dans une université chilienne, une des plus privatisées et des plus chères au monde, c’est consacrer une moyenne de 800 dollars à ses cours… mensuellement. Aux manifestants scandant «l’éducation est un droit, pas un commerce», le président Sebastian Piñera a répondu ceci la semaine dernière : «On aimerait tous que l’éducation, la santé et plein de choses soient gratuites pour tous (…) mais au bout du compte, rien n’est gratuit dans la vie, et quelqu’un doit payer.»

Avec un tel discours, pas surprenant qu’il soit devenu le président le plus impopulaire depuis Pinochet, après seulement 18 mois au pouvoir. Milliardaire, Piñera, avec sa coalition de droite, a été élu après une vingtaine d’années de gouvernements de gauche. Les électeurs voulaient du changement. Piñera leur a promis le service minimum dans le secteur public tout en misant sur la notion d’efficacité qui obsède tant les 17 millions de Chiliens, fiers de vivre dans une des sociétés les moins corrompues d’Amérique latine.

Si la grande majorité d’entre eux approuvent les «marches pour l’éducation», c’est pour en finir une fois pour toutes avec un système éducatif hérité de l’ère Pinochet. Mais au-delà des manifestations monstres de ces dernières semaines, le Chili a fait la paix avec lui-même. La gauche et la droite ne sont plus en guerre. Les bruits des cacerolazos, si fréquents pour protester contre la dictature de Pinochet, ont remplacé les bruits de botte qui, pendant une génération, ont martelé la vie des Chiliens.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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