Il arrive qu’une idée apparemment brillante s’accompagne de contreparties plus sombres. C’est ce qui risque d’arriver si le projet d’autobus électriques appuyé par le gouvernement du Québec s’étend au-delà de nos frontières.
Entendons-nous : si on arrive à mettre au point une technologie efficace, l’électrification des véhicules serait avantageuse pour le Québec. Nous pourrions réduire à la fois notre dépendance aux hydrocarbures et nos émissions globales de gaz à effet de serre.
Mais le cas du Québec est exceptionnel et les avantages d’une telle avancée ne sont pas évidents ailleurs.
Plus de 95 % de l’électricité que nous consommons vient de sources propres, essentiellement de l’eau et du vent. Si nous utilisons cette électricité comme force motrice à la place de l’essence ou du diesel, la substitution est bénéfique. Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac, chiffre à 50 000 $ par année et par autobus l’argent qui irait annuellement dans les coffres d’Hydro-Québec au lieu de ceux des pétrolières. Il faut également tenir compte des retombées de la recherche et développement liées à ces technologies propres, en expertise comme en produits dérivés.
C’est la partie intéressante… tant qu’elle se passe ici. Mais le gouvernement en veut plus. Il investit près de la moitié des fonds (30 M$ sur 73 M$) dans ce projet de concert avec Nova Bus, de Saint-Eustache, et quelques autres partenaires. Sauf que le marché du Québec n’est pas si gros. On songe donc, légitimement, à exporter nos éventuelles trouvailles… mais les autres n’en profiteront pas autant que nous.
Aux États-Unis, plus de la moitié de l’électricité produite au pays l’est par des centrales thermiques alimentées au charbon, surtout dans l’est et le centre. Malgré ce que certains lobbys cherchent à nous faire croire, le charbon demeure polluant. Un article publié à la fin février dans le réputé journal Nature signale d’ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre de toute l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta n’atteignent pas celles de l’Ohio, de l’Illinois, du Missouri et d’une demi-douzaine d’autres États américains pris séparément. Pourquoi? Parce qu’ils dépendent massivement du charbon pour leur électricité.
Imaginons donc la situation. Pour bien faire, on y remplace les autobus conventionnels par des autobus électriques. Fini, le pétrole! En lieu et place, le soir, on branche les autobus… et les centrales au charbon en profitent pour accroître leur production. Qui gagne à la fin?
Évidemment, si les Américains finissent un jour par opter pour des sources énergétiques plus propres,
la transformation sera salutaire. Mais dans le contexte politique actuel, ça ne se produira pas de sitôt. Une partie importante de l’électorat américain croit les ténors républicains qui assimilent le débat sur le réchauffement du climat à un complot socialiste visant à miner l’économie américaine. Le charbon est là pour rester.
Bienvenue, donc, à l’autobus électrique, aux voitures électriques, aux carrosses électriques et à tout ce qui peut rouler à l’électricité, pourvu que celle-ci soit véritablement verte. Autrement, malgré le côté politiquement correct de l’affaire, on ne fera que changer quatre trente sous pour un dollar.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.