Les Canadiens n’ont jamais été si endettés, nous apprend Statistique Canada C’est la mauvaise nouvelle. Mais il faut fouiller un peu plus profondément pour réaliser que nous n’en sommes pas au point critique – du moins, pas encore.
D’abord, le verdict : le taux d’endettement des ménages frôle maintenant 153 % quand ont le met en relation avec le revenu disponible, c’est-à-dire ce qui reste après l’impôt et les autres prélèvements obligatoires. Par exemple, un couple qui gagne 80 000 $ dispose d’un revenu net de 40 000 $ à 50 000 $, selon sa situation familiale. S’il se situe dans la moyenne établie par Statistique Canada, ses dettes vont donc aller de 61 200 à 76 500 $.
C’est dangereusement lourd, mais encore faut-il mettre ces chiffres en perspective.
Pour la plus grosse partie, cet endettement relève de prêts hypothécaires. Les Canadiens sont de plus en plus propriétaires. Même au Québec, jadis qualifié de «terre de locataires», les propriétaires d’une résidence sont maintenant majoritaires. À Montréal, c’est plus partagé, mais la tendance demeure. C’est compréhensible puisque les taux d’intérêt sont à leur plus bas et les placements traditionnels ne rapportent plus grand-chose. Il y a donc un mouvement vers l’immobilier – quand on est réellement en mesure d’acheter.
Or, on établit souvent une différence entre une dette hypothécaire, considérée comme une «bonne» dette, et une dette de consommation (voiture, voyage, train de vie), qui ne repose pas sur un actif tangible. Une voiture se déprécie avec le temps. Si on ne l’a pas payée trop cher, on verra au contraire la valeur
d’une résidence se maintenir, et peut-être augmenter. Une hypothèque bien gérée peut donc conduire à un gain potentiel.
Encore que… il ne faut pas avoir eu les yeux plus grands que la panse. Si on a déjà de la misère à arriver parce qu’on a vu trop grand, la moindre hausse de taux d’intérêt fera mal. Pour l’instant, le service moyen de la dette (ce qu’il faut payer en remboursement divers) se situe environ à 7 % du même revenu disponible. À ce niveau, on peut encore souffler. Mais tout dépendra du mouvement des taux d’intérêt.
De là les avertissements répétés du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, qui sait bien que la récréation se terminera tôt ou tard. Les charges finiront par devenir plus lourdes. L’idée n’est pas de se priver, ni d’abandonner ses rêves, juste de garder les yeux bien ouverts.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.