La pyramide des âges vient officiellement de basculer au Québec.
Pour la toute première fois, on compte maintenant davantage de personnes de 65 ans et plus (1 253 600) que de jeunes de 15 ans et moins (1 241 700). La différence est minime, mais significative. Et tout indique que cet écart ira en s’agrandissant. C’est ce que Statistique Canada nous a appris la semaine dernière en rendant compte de la situation telle qu’elle se présentait en juillet.
En clair, le Québec vieillit et la relève ne suffira plus à la tâche. Le phénomène est lourd de conséquences sur tous les fronts, autant social que culturel, et notre économie risque de s’en trouver substantiellement affectée. Pas tant parce que vieillir est une catastrophe en soi : les gens dits «âgés» sont généralement en bien meilleure forme qu’autrefois.
Personne n’oserait aujourd’hui qualifier de «vieillards» les gens de 65 ans. On en voit à la tonne sur les pistes cyclables, quand ils ne sont pas en train de se préparer un trek dans les Rocheuses. Par ailleurs, on en voit aussi plus souvent dans les cliniques et les hôpitaux.
C’est l’évidence : en vieillissant, on sollicite davantage le système de santé, ce qui représente des ponctions toujours plus importantes dans les finances publiques. Or, qui crée la richesse qui permet ensuite de garnir les coffres de l’État? Les travailleurs. Or, ils sont de moins en moins nombreux, alors que les prestataires de soins, eux, le sont de plus en plus. À plus long terme, on le voit bien, la situation est intenable. Sans compter la question des caisses de retraite qui feront face au même déséquilibre.
Notre plan de match ne tient plus, ce qui ne veut pas dire que la partie soit perdue. L’État peut et doit proposer des aménagements. Il va lui falloir récolter davantage de revenus, probablement en haussant les taxes et les impôts, tout en cherchant à comprimer les dépenses. On est loin d’avoir tout essayé en santé et le réseau peut certainement devenir plus efficace.
En même temps, si seulement nous pouvions obtenir un peu de renfort… Dommage, mais le Québec ne se mettra pas à produire dramatiquement plus de bébés. Reste l’immigration. Étrangement, c’est au moment où nous avons le plus besoin de nouveaux arrivants que la contestation monte au sujet de la valeur même de l’immigration pour la société québécoise.
Pas grave. Restons entre nous, allons jouer à la pétanque et si quelqu’un se blesse, laissons-le dépérir dans le caniveau. Comme perspective, avouez-le, ce n’est pas réjouissant…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.