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J'aime ExxonMobil

C’est vrai que la semaine dernière j’ai intitulé mon article «J’aime BP». Mais au final, j’aime encore plus ExxonMobil, une entreprise phénoménale, comme vous serez à même de le constater dans les lignes qui suivent…

Nous pourrions facilement nous libérer, comme d’autres pays l’ont fait récemment avec un succès éclatant, de notre asservissement collectif aux transnationales étrangères, qui nous arnaquent régulièrement avec notre propre pétrole et notre gaz naturel pour ensuite déguerpir avec leur larcin. Nous avons eu le courage et la lucidité de le faire dans les années 1960 en nationalisant notre électricité des firmes étrangères afin de justement nous soustraire de leurs diktats et de créer ainsi de la richesse collective.

Faut arrêter de se soumettre docilement. En Russie, en Norvège et au Venezuela, les pétrolières s’écrasent, mais ici, au Canada, elles font la loi avec la complicité de politiciens qui vont jusqu’à les subventionner à coups de milliards de dollars et à les défendre au nom du libre marché, dixit Stephen Harper et Maxime Bernier, et même à vous gronder lorsque vous les boycotter : «Lucien Bouchard [alors premier ministre du Québec] déplore le boycott des pétrolières» (Journal de Montréal, 18 avril 2000). Il avait alors dit : «Le boycott, je trouve que ce n’est pas une bonne solution». Ce sont des gens comme lui qui, par après, s’autoproclament de lucides.

Vraiment, on n’a plus les lucides qu’on avait! Maintenant qu’il est devenu lobbyiste en chef au Québec pour le compte de la compagnie énergétique albertaine Talisman, Lucien Bouchard pourrait-il nous faire part de sa solution pour en finir avec cette exploitation qui, juste en tenant compte des dernières hausses du prix du pétrole, revient à une dépense annuelle supplémentaire de 950 $ par ménage, que nous a dit l’économiste Benjamin Tal de la Banque CIBC? Dépense additionnelle de 950 $ l’an, non déductible d’impôts, bien évidemment, pour les familles mais qui l’est pour les compagnies, et qui, dans les faits, constitue des impôts que vous devez verser obligatoirement aux seigneurs corporatifs comme au temps du Moyen-Âge.

Concitoyens, sortez de votre torpeur, je vous en prie! Il n’est pas vrai que vous devez «prendre votre mal en patience» face aux hausses du prix de l’essence, comme l’a écrit récemment un brillant journaliste d’un de nos quotidiens dont la compagnie-mère est un actionnaire important d’une multinationale pétrolière (Total). Dans La Presse du 26 avril 2011, Peter Terzakian, économiste en chef d’ARC Financial Corporation, mentionne que «le Canada est le seul pays du monde qui produit trop de pétrole pour sa consommation mais qui doit quand même en importer». Idem pour le gaz naturel. Ça prend juste des arriérés pour tolérer ça. Au moins, on fait rire les gens de d’autres pays.

Vous savez, en termes de revenus bruts, ExxonMobil, la plus grande compagnie au monde, toutes catégories confondues, est au moins 5 fois plus grande que le Canada et environ 20 fois plus que le Québec. Malgré ça, pour les légionnaires du capitalisme débridé et de ses pseudo-lois supposément naturelles (comme les partisans de l’ADQ et des libéraux), l’État est et sera toujours trop gros et le privé trop petit, opprimé qu’il est par les gouvernements, même le mammouth ExxonMobil. «Bénéfice en forte hausse pour ExxonMobil», titrait Le Devoir du 29 avril 2011. Des bénéfices pour le premier trimestre 2011 totalisant 10,7 G$ en hausse de 69 % sur un an. Mais ce fut insuffisant et Wall Street fut déçu, signalait l’article. Ça fait que la valeur au marché de l’action d’Exxon a chuté de 44 ¢ lors de l’annonce de ces profits «déprimants».

Les affairistes et les spéculateurs en veulent plus. Une hausse de 69 % du bénéfice net, c’est totalement dérisoire et même insultant pour les acteurs du libre marché. Pour satisfaire les détenteurs de capitaux, va falloir augmenter davantage le prix du pétrole que vous devrez accepter sans maugréer. Je sais que vous allez les assumer, en chialant peut-être un petit brin dans les lignes ouvertes ou que, dans un geste vraiment révolutionnaire, vous allez boycotter pour la énième fois les pétrolières. Bande de radicaux, va! Faut être conscient que la recherche de profits infinis par les multinationales mène à l’exploitation, aux crimes, aux guerres et à l’invasion de pays sous de faux prétextes. Oui, ces profits débiles sont criminels.

S’il avait fallu que des travailleurs (syndiqués en plus de ça et encore pire des commis d’État) reçoivent des augmentations de salaires de 69 % l’an qu’ils jugeraient insuffisantes, les journalistes et les politiciens se seraient déchainés contre eux. Mais, pour les compagnies, c’est tout à fait correct même si c’est l’État qui prend tous les risques avec votre argent comme dans le cas de la dernière crise financière. En 2010, le profit annuel d’ExxonMobil a augmenté d’un «misérable» 58 % pour se chiffrer à 30,5 G$.

Faut tout de même reconnaître la franchise du président d’ExxonMobil. Il peut se permettre de dire la vérité sachant que vous êtes inoffensifs et même compréhensifs. Dans un excellent texte, l’ancien ministre libéral des finances du Québec (alors chroniqueur au Journal de Montréal), Yves Séguin, rapporte ainsi les propos du PDG d’Exxon qui a dit, sans aucune retenue et sans aucune peur, les énormités suivantes : «La stratégie d’Exxon est fort simple et c’est la même depuis 12 ans : investir le moins possible. La flambée des prix n’a rien à voir avec une insuffisance de pétrole. Les courtiers [spéculateurs] veulent faire monter les prix en faisant croire à une pénurie prochaine. À cet égard, ExxonMobil n’a jamais manqué de pétrole dans toute son histoire et ne prévoit aucune carence ni maintenant ni dans plusieurs décennies» («Le pétrole et ses profits», 1er juin 2006).

La revue d’affaires américaine Business Week a confirmé en ces termes les propos du grand boss d’Exxon dans un article percutant du 28 mai 2007 intitulé : «Exxon : Pumping cash, not oil». On signale en gros caractères dans ce texte que «le taux de rendement des actionnaires a cru significativement même si la production de pétrole brut a peu augmenté». Compte tenu du cartel mondial des pétrolières, elles sont en position de diminuer volontairement l’offre afin de faire exploser les prix. Et leurs économistes et politiciens de service essaient de nous faire accroire que les prix de l’essence relèvent de l’offre et de la demande dans un contexte de libre marché très concurrentiel.

Tiens, tiens, autres pays, autres mœurs, tel que l’indique clairement le titre de ces deux articles : «Exxon file doux avec les Russes» (The Wall Street Journal et Journal de Montréal, 19 juin 2007) et «Les compagnies pétrolières étrangères se plient aux volontés de Chavez au Venezuela» (Le Devoir, 10 avril 2006). Face à ces pays «récalcitrants» qui refusent de se soumettre aux lois hégémoniques des monarques occidentaux, les pétrolières ont magouillé pour que les États-Unis envahissent l’Irak (elles sont maintenant propriétaires des riches gisements de pétrole irakien) et grenouillent pour que leur pays débarque avec leurs amis en Lybie où les réserves de pétrole de Kadhafi les font saliver. Par ici la bonne soupe… Elles filent doux en Russie et agissent en matamores ici. La population canadienne doit se plier à leurs volontés.

Exxon est peut-être, pour certains caniches, une compagnie responsable socialement, mais cela ne l’a toutefois pas empêché d’être reconnue coupable récemment de fraudes milliardaires, comme l’a signalé deux textes du Journal de Montréal : «ExxonMobil devra payer une amende de 11,9 G$ à l’État de l’Alabama» et «Exxon condamnée à verser 500 M$ à 10 000 détaillants aux États-Unis».

Le patron d’ExxonMobil, l’éblouissant Stephen Harper et l’indépassable Maxime Bernier ont quelque chose en commun (les grands esprits se rassemblent et se ressemblent) comme l’indique clairement le titre de cet article : «Le président d’Exxon ne croit pas au réchauffement de la planète» (The Wall Street Journal et le Journal de Montréal, 29 juin 2005). Voyons donc, le réchauffement de la planète n’est qu’une vue de l’esprit. Des esprits tordus conditionnés au communisme. Ouach!

 

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