Chaque mardi, la journaliste et animatrice Julie Laferrière et l’humoriste, animateur et illustrateur Pierre Brassard posent un regard original sur les usagers du transport en commun.
Comme ce n’est pas tout à fait l’heure de pointe, les passagers sont pour la plupart assis. De mon côté, je reste debout. Prises en otage par un mal de tête qui ne m’a pas quittée de la journée, mes narines et moi prenons l’air frais par une fenêtre entrouverte.
Le bus aborde les frontières du Mile-End. Ce quartier qui, depuis quelques années, a notamment vu prendre racine en ses rues une joyeuse faune universitaire. Ayant quitté les ghettos McGill et Concordia, cette jeunesse créative a influencé l’évolution du quartier. Des salles de spectacle, des cafés, des boutiques de designers de toutes sortes. Sans compter des épiceries spécialisées et des restos où l’on vend des choses tellement bonnes pour la santé et riches en fibres qu’on pourrait aussi utiliser ces aliments comme matériaux pour construire des maisons.
Cette communauté se joint aux employés créatifs, technos et ascendants geeks qui œuvrent depuis plus de 10 ans au sein de la très lucrative entreprise Ubisoft, située elle-même à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Saint-Viateur. Bref, on parle d’un quartier pas plate du tout.
Je laisse momentanément de côté mon guide touristique intérieur pour me concentrer sur un personnage qui vient d’apparaître à l’extérieur, dans le cadre de la fenêtre. Le feu est rouge. L’autobus s’immobilise, ce qui me permet d’admirer le jeune homme dans la mi-vingtaine. Le hipster d’Amérique dans toute sa splendeur!
En selle sur son Bixi, il est coiffé d’une bombe équestre et porte une moustache qui rivalise de fantaisie avec celle de Dali. Il fume la pipe, porte des vêtements d’un brun révolu taillés dans une matière tout aussi vétuste, mais élastique. Il attend docilement que le feu passe au vert en parlant au cellulaire.
Malgré son accoutrement loufoque, son air est des plus sérieux.
Je ne peux que sourire devant le look aussi inventif qu’improbable du jeune homme.
Vous me direz, suivant le principe voulant que Le plafond de l’un soit le plancher d’un autre, que chacune de nos allures peut paraître farfelue aux yeux d’autrui. Et bien, disons que ce jour-là, peu importe la perspective, les deux pieds sur le sol d’une relative normalité ou en équilibre sur le toit du bon goût, nous aurons été plusieurs à être impressionnés par cette audacieuse tenue.