Montréal

Les restaurants rouvrent dans l’incertitude à Montréal

hôtels et restaurants Rita

Le restaurant Rita, sur la rue Wellington, à Verdun.

Soulagés de reprendre les affaires, la plupart des restaurants du Grand Montréal conservent malgré tout de sérieuses inquiétudes, alors que leurs établissements rouvrent ce lundi après trois mois de fermeture. Un constat se dégage déjà d’emblée: l’industrie s’est transformée, et il faut la repenser.

«Ce qui me fait peur, c’est qu’éventuellement, on nous oblige de refermer à nouveau, explique Sophie Bergeron, la propriétaire du Rita et du Wellington, dans Verdun. Si le gouvernement constate que plusieurs ne suivent pas les recommandations, on craint qu’ils généralisent. Ils n’enverront forcément pas d’inspecteurs partout. On ne peut qu’espérer que tout le monde y mette du sien.»

Parce qu’elle n’y voit pas d’intérêt de rentabilité, l’entrepreneure ne rouvrira pas la salle à manger du Rita – qui a une capacité de 60 places – pour se concentrer sur le «take-out», qui a explosé ces dernières semaines. «Si je rouvrais avec quelques tables seulement, ça ne vaudrait pas la peine, illustre-t-elle. On va quand même s’installer une terrasse à l’extérieur, mais il n’y aura pas de service aux tables.»

Une centaine de mètres plus loin, le Wellington, lui, offre plus d’options, étant plus grand et surtout plus dense. «Cette salle-là va rouvrir autour de la mi-juillet, avec un horaire plus réduit et un menu beaucoup plus simple, moins gastronomique. On s’adapte pour vraiment redonner la confiance aux gens», illustre Mme Bergeron, qui estime que cette formule «hybride» est la meilleure pour ses clients.

«On ne sait pas ce qui s’en vient. Tout est dans l’inconnu. Ça s’est vu ailleurs au Canada, des restaurants qui ont refermé. On fait donc ce qu’on peut pour l’éviter.» -Sophie Bergeron, restauratrice

Sophie Bergeron, devant son restaurant Rita. Photo: Josie Desmarais/Métro

Réapprivoiser les restaurants

Jean-Marc Renaud a ouvert Le Roseline, un café-restaurant dans le Mile-End, en janvier dernier, à peine deux mois avant l’arrivée de la COVID-19. «J’ai fait un excellent mois de février, ce qui m’a permis d’envisager l’avenir plus positivement», raconte-t-il.

Sa principale inquiétude: l’impact qu’aura à long terme la croissance du télétravail sur la consommation communautaire. «Mon principal défi sera de rouler pendant le jour, surtout la semaine. Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont réintégré leur milieu de travail, alors que le quartier économique, les Ubisoft etc., c’est ça qui compose en grande partie ma clientèle», illustre M. Renaud.

Ce dernier ouvrira ses portes mardi, avec une nouvelle terrasse en prime. Il trouvait essentiel de montrer aux gens qu’il s’est adapté à la pandémie.

«Ce qu’on ressent beaucoup, c’est que les gens veulent se sentir bien à l’extérieur, avant d’entrer. Je pense qu’on a tous besoin de se réapprivoiser, tranquillement.» -Jean-Marc Renaud, restaurateur

Constatant lui aussi une diminution de l’angoisse chez ses clients, le restaurateur espère qu’éventuellement, les mesures sanitaires seront assouplies. La Ville de Vancouver, notamment, a déjà annoncé que la distanciation sociale ne s’appliquerait plus dans les restaurants. «C’est une question de temps avant qu’on emboîte le pas», juge le propriétaire.

Des assouplissements réclamés

À l’Association Restauration Québec (ARQ), le vice-président aux affaires publiques, François Meunier, se dit pour sa part très confiant. «C’est certain que les défis sont immenses, mais la volonté y est de part et d’autres. Les gens ont hâte de retourner au restaurant, et les normes sanitaires qu’on met en place sont là pour les rassurer», assure-t-il.

Selon lui, il importe surtout de comprendre la réalité des restaurants qui rouvrent. «La question du deux mètres est très compliquée à opérer. Tant qu’il n’y aura pas d’assouplissement, on se demande comment la clientèle va réagir. Quand on rouvre les gyms, les piscines et les arénas, à un moment donné, il faut aussi envoyer un message cohérent», ajoute M. Meunier.

«Il faut trouver cet équilibre. Prendre la commande avec un masque, ça créé des problèmes de communication évidents. On préférerait que le port de la visière soit autorisé en salles.» -François Meunier, de l’ARQ

D’après un sondage interne de l’ARQ, les restaurateurs montréalais n’ont réussi qu’à aller chercher 30% de leurs profits habituels pendant la pandémie. C’est que plusieurs établissements vivent des congrès, des événements et des dîners d’affaires dans la métropole. «Le manque à gagner est tellement grand que c’est irréaliste de penser que la clientèle locale peut compenser», illustre M. Meunier.

Même son de cloche pour le vice-président aux affaires du Québec chez Restaurants Canada, David Lefebvre. «On demande à nos membres d’être très disciplinés. Au final, c’est ça qui va permettre de rouvrir encore davantage, et d’avoir des mesures intéressantes. L’industrie est parfaitement capable de faire partie de la solution», lance-t-il.

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