Quand un politicien vous dit «qu’une campagne électorale se gagne porte par porte et que chaque vote compte», vous vous dites peut-être que ses paroles sont aussi banales que celles d’un joueur de hockey du Canadien, interrogé après un match. Erreur! Suivre la candidate du Bloc Maria Mourani pendant une activité de porte-à-porte, c’est se rendre compte qu’une campagne se gagne ainsi, de façon presque chirurgicale.
Il est 13 h, rue Curotte. Comme chaque après-midi pendant les cinq semaines de la campagne, la candidate d’origine libanaise arpente les rues du comté d’Ahuntsic, dans le nord de Montoù figurent les noms et les adresses de toutes les personnes de la rue. Dring. «Bonjour, je suis Maria Mourani votre députée à Ottawa. Savez-vous que vous pouvez voter directement au bureau de scrutin jusqu’au 26 avril?»
Après la brève entrevue, elle écrira un «S» pour sympathisant, un «A» pour adversaire ou un «I» pour indécis. «Avec le temps [c’est sa cinquième élection], on est capable de dire si la personne est avec nous ou non», explique Mme Mourani.
Quand la circonscription et ses 49 600 portes auront été couvertes au complet, soit par téléphone, soit en personne, l’équipe aura une idée du nombre de sympathisants sur lesquels elle peut compter. «Le jour du scrutin avec toute mon équipe, on appellera le maximum de sympathisants afin de les inviter à aller voter. C’est notamment ça, faire sortir le vote.»
Un vrai travail de fourmi. Mais un travail nécessaire, car le vote promet encore une fois d’être serré. Lors de la dernière élection, la candidate bloquiste avait été réélue avec seulement 423 voix. Dans ce comté de quelque 73 000 habitants, le Bloc a gagné les élections de 2006 et de 2008. Mais l’est et l’ouest de la circonscription votent majoritairement libéral, de même que les maisons de retraite.
Cette année, c’est encore le Parti libéral qui lui fournit son principal adversaire. Il s’agit cette fois de Noushig Eloyan, ancienne mairesse de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville qui dispose de bons appuis locaux. Si les deux candidates représentent la diversité ethnique de la circonscription (30 % de la population est issue de l’immigration), leurs stratégies divergent. Contrairement à Mme Mourani qui axe ses dis cours sur la sécurité, Mme Eloyan courtise les familles.
Mme Mourani affirme toutefois ne pas craindre que des sympathisants du Bloc décident finalement de voter stratégiquement libéral, afin que Michael Ignatieff barre la route du pouvoir au premier ministre conservateur, Stephen Harper. «Ce serait une erreur fatale. Pour que les conservateurs soient de nouveau minoritaires, le Bloc est la meilleure option», répond-elle avant d’ajouter que le parti a sa raison d’être à Ottawa. «C’est grâce au travail acharné du Bloc québécois depuis quatre ans que désormais, les criminels à cravate ne peuvent plus sortir, de manière quasiment automatique, au tiers de leur peine.»
À ceux qui pensent qu’un député fédéral n’est pas forcément utile sur le plan local, elle répond du tac au tac. «J’ai organisé plusieurs actions pour trouver des solutions aux problèmes locaux de gangs de rue, d’itinérance ou de prostitution, dit-elle, ajoutant à sa liste l’aide apportée aux aînés ou la promotion des artistes. C’est mon ancien métier d’intervenante sociale qui déteint.»
- En rafale
Qu’est-ce que vous détestez en campagne électorale?
Le salissage, comme la fois où un autre parti appelait les électeurs en leur disant que je voyageais aux frais des contribuables.
Un candidat d’un autre parti que vous admirez?
Peggy Nash (NPD) et Borys Wrzesnewskyj (PLC), avec qui je suis allée au Liban en 2006.
Un repas typique d’une campagne électorale?
Je n’ai pas le temps de manger [rires]!
Une chose dont Montréal a besoin?
Que la Ville consulte plus les citoyens sur les grands projets.
Si vous ne faisiez pas de politique, que feriez-vous?
J’écrirais un autre livre sur les gangs de rue. Ce serait un portrait panaméricain cette fois-ci.
La première chose qui vous vient en tête lorsque vous entendez :
Stephen Harper? Démagogique.
Montréal? On veut être consultés pour le parachèvement de l’Autoroute 19.
Coalition? On la soutiendra si ça défend les intérêts du Québec.
Sénat? Structure archaïque qui coûte cher.
Gouverneur général? Ce n’est pas le nôtre.