Montréal

Enquête sur les fuites au SPVM: les journalistes craignent d'être punis

Les journalistes ne voient pas d’un bon oeil la demande d’enquête du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, à la Sureté du Québec (SQ). Cette dernière doit faire la lumière sur les fuites qui ont permis aux journalistes de révéler l’affaire Davidson.

Ian Davidson est la «taupe» du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) qui a tenté de vendre une liste de noms d’informateurs de la police au crime organisé. Les faits ont été révélés par divers médias à la suite de quoi, M. Davidson s’est suicidé, le 18 janvier. La vieille de sa mort, il avait été informé que son nom allait être publié dans les médias.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Brian Myles, s’inquiète du mandat de cette enquête.


Que craignez-vous pour les journalistes?

Les journalistes craignent une éventuelle partie de pêche dans leurs sources. À partir du moment où la SQ enquête sur les fuites, c’est-à-dire les officiers qui ont alimenté les médias, on touchera à nos sources. On se heurte à un principe sacro-saint : la protection des sources.
Au-delà de la divulgation des sources, il y a aussi la possibilité que des journalistes soient mis sous écoute. On a demandé l’assurance au ministre Dutil que les journalistes ne seraient pas ciblés. Il s’en lave les mains.


Les journalistes peuvent-ils garantir la protection à leurs sources?

On ne peut pas garantir une protection absolue. Depuis le cas de Ma chouette [l’informateur qui a révélé le scandale des commandites]. On est soumis au cas par cas. Les tribunaux accordent une grande importance, lorsqu’il est question d’une enquête, à la question de l’intérêt public. La Cour suprême a dit : oui c’est possible de forcer un journaliste à divulguer ses sources, mais elle a aussi élevé la barre en ce qui a trait aux circonstances où se sera fait.


Avez-vous l’impression qu’avec cette enquête, on s’en prend aux messagers?

Oui. L’enquête devrait plutôt porter sur les failles dans la protection des informateurs et non pas sur les fuites. J’ai peur qu’on soit punis, les journalistes, pour avoir trop bien fait notre travail.


La réaction des journalistes est-elle exagérée?

Non. La réaction des journalistes est le reflet de l’importance qu’on accorde à la protection des sources. Dans l’affaire Davidson, le scandale des commandites ou le scandale sur l’industrie de la construction, les gens ont beaucoup à perdre s’ils parlent à visage découvert. Si on perd les sources, il va nous rester qu’à rapporter les bons coups du gouvernement, la bonne nouvelle du jour. Le cœur du travail journalistique et de l’enquête commence et se termine grâce aux sources anonymes.


Quel est le code de conduite d’un journaliste lorsqu’il est en possession d’informations sensibles?

On ne peut pas poser de gestes illégaux pour obtenir de l’information. Ensuite, le critère qui dicte la conduite des journalistes est l’intérêt public. Les salles de rédaction portent un souci particulier à ne pas nuire aux enquêtes. Et c’est là où le bât blesse, on nous dit que nous avons nui à l’enquête sans en faire la démonstration.

Lire aussi:
Le PQ se porte à la défense des journalistes et de leurs sources

Les journalistes ont été nombreux à réagir sur Twitter à la suite de l’annonce de l’enquête de la SQ sur les fuites au SPVM:


Paul Arcand @PaulArcand

J’avise mes sources: Prudence. Adresse de courriel temporaire. Message sous la forme d’énigmes. Aucun numéro de téléphone. Code: Dutil


Patrick Lagacé @kick1972

L’incompétence crasse du @SPVM dans protection de ses sources ne sera pas l’objet d’une enquête de la SQ. Les sources des reporters, oui


Fab de Pierrebourg @fabricedp

La protection de nos sources est un principe fondamental en démocratie.Qui a intérêt à faire peur aux sources des journalistes? #SQ #Quebec

Felix Seguin @felixseguin
Faire taire les sources des journalistes, c’est aussi faire taire les journalistes. Le p. de presse du #spvm me laisse songeur….

Marie-Maude Denis @mmdenisrc
@PaulArcand Souvent les sources pour les infos sensibles n’ont pas d’intéret perso. Les médias sont le dernier recours quand ca ne va pas.

Daniel Leblanc @danlebla
Peut-être que si gens parlent aux médias, c’est que tannés de voir des enquêtes aller nulle part et des dossiers trainer chez les procureurs

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