«Montréal bouge tellement! souligne l’artiste Guy Glorieux. Vous vous promenez, vous voyez quelque chose et deux semaines plus tard, l’édifice est à terre. C’est important de capter l’image de ce qui disparaît. Il n’y a pas assez de collections de photos au Québec.»
Selon le photographe, le paysage urbain est un bon moyen de capter l’identité de la société et ses mutations. «Je ne veux pas montrer un Mont-réal perdu, mais simplement une ville différente des autres et belle à n’en savoir que faire», affirme M. Glorieux.
Ses lieux de travail sont aussi inhabituels qu’éclectiques. Un ancien hôtel de passe, des suites de luxe ou encore les bureaux de Radio-Canada lui ont permis de capter l’atmosphère d’une ville en mutation.
Le résultat peut être déstabilisant. La technique anachronique que l’artiste utilise donne à Montréal une allure parfaitement inhabituelle. L’inversion du sombre et du clair ainsi que de la gauche et de la droite provoque une désorientation totale. «À l’inverse de beaucoup d’exposition, les gens sont obligés, ici, de s’arrêter devant chaque œuvre pour la comprendre», insiste M. Glorieux. «Le temps disparaît dans ces immenses paysages qui prennent des heures à être fixés, déclare Guy Glorieux. L’image au sténopé ne garde que l’immuable. Le transitoire n’y a pas sa place.»
Cela donne l’étrange impression d’une ville fantôme. Pas un seul être humain sur les 18 panneaux présentés. «Les gens ne m’intéressent pas. Ce que je veux, c’est représenter Montréal au travers de ses structures», affirme le photographe.
Guy Glorieux a puisé son inspiration dans les nouvelles d’Edgar Allan Poe et dans la bande dessinée, notamment Post-atomique, de Hermann, qui présente un monde totalement abandonné. «Cette ville vidée de ses habitants, c’est peut être l’avenir de Mont-réal», précise le photographe. Le projet s’inscrit dans la la mission du musée McCord qui l’accueille : offrir un pont entre les Montréal d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
La technique du sténopé
Le sténopé est une boîte percée d’un trou d’un millimètre par lequel la lumière pénètre et imprime l’image extérieure sur un papier placé au fond du système.
- Une douzaine de photographes à travers le monde pratiquent cette technique à grande échelle. Pour les besoins de son œuvre aux dimensions monumentales, l’artiste Guy Glorieux a transformé des pièces entières en d’immenses sténopés.
- «C’est magique», souligne l’artiste. «Comme disait Léonard de Vinci, c’est l’univers tout entier qui passe par un trou!»