Montréal

Louise Roy: «il faut plus de débats dans les consultations publiques»

Elle rassemble les Montréalais autour de grands enjeux depuis maintenant 8 ans en tant que présidente de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM)*. Louise Roy tirera sa révérence le 18 juin prochain pour, dit-elle, pour «prendre le temps de réfléchir sur la pratique». Après deux mandats, elle revient sur ce qui anime les Montréalais.

Comment va Montréal?
Je pense que les Montréalais ont beaucoup d’espoir et beaucoup d’attente reliées à la construction de leur ville. Je suis convaincue de la capacité des Montréalais à devenir des bâtisseurs de ville, dans la mesure où on crée le contexte pour qu’ils échangent. Mais les gens considèrent qu’il y a encore du chemin à faire, qu’on est loin d’avoir une ville aussi sécuritaire qu’ils le souhaiteraient, par exemple.

Y a-t-il des sujets qui reviennent souvent lors des consultations?
Il y a des valeurs qui ressortent. La priorité à donner aux piétons, la sécurité dans les transports en commun, l’accès aux plans d’eau, c’est très important pour les citoyens. Les Montréalais sont ouverts à ce qu’on s’occupe des gens les plus vulnérables, avec l’accès à un logement décent et abordable pour tout le monde. On précise aussi les requêtes. Il y a 8 ans, on réclamait des espaces verts, maintenant on réclame un lien entre les espaces verts, un réseau vert.

Quel rapport a été le plus significatif pour vous ou les Montréalais?
Le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal a été parmi les plus importants. On n’a pas idée, spontanément, de l’importance que les Montréalais accordent au mont Royal. C’est à la fois un symbole, un lieu d’appartenance et un lieu où les Montréalais viennent en famille développer des souvenirs. C’était aussi l’occasion pour l’Office de faire l’expérience de son premier questionnaire en ligne et il y a eu 3000 réponses. Nous avons réalisé que si on leur offrait des outils, les Montréalais participent.

Trouvez-vous que les recommandations de l’OCPM sont bien appliquées par la Ville?
Ce ne sont pas toutes les recommandations faites par l’Office qui sont reprises par les élus, mais notre constat est assez bon. On aimerait toutefois qu’à la suite de chaque rapport, les élus rendent public ce qu’ils vont mettre en œuvre ou ce qu’ils ne retiennent pas et pourquoi. C’était une recommandation récurrente de l’Office dans nos rapports. L’administration précédente avait appliqué cette pratique, mais l’a laissée tomber.

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Certains dossiers ont-ils été plus difficiles à gérer?
Certains étaient complexes. Il faut réussir à maintenir notre indépendance dans des dossiers où plusieurs intervenants n’ont pas tous le même point de vue et être le plus équitable possible. On devrait également permettre davantage le débat pendant les consultations. Les citoyens viennent, s’informent, ont le droit de poser des questions, mais n’ont pas le droit de commenter.

Par exemple, la question des jeunes familles. La tendance dominante, c’est de dire qu’on ne veut pas faire partir les jeunes familles, on veut qu’elles restent sur l’île de Montréal. Mais certains voient les choses autrement. Ils disent: «Qu’on les laissent aller vers la couronne nord ou sud, ce n’est pas loin de Montréal». Ça ferait l’objet d’un très beau débat. Ça pourrait amener des scénarios qu’on imagine moins pour le moment. Mais ça impliquerait aussi qu’on étire notre procédure de base, alors que certains trouvent déjà qu’on ne va pas assez vite.

Depuis 2006, vous avez constaté une nette augmentation du nombre de mémoires reçus par l’OCPM. Au total, 36% des mémoires proviennent des citoyens. À quoi peut-on attribuer ces chiffres ?
On a multiplié les efforts pour rejoindre la population. C’est la responsabilité d’une institution démocratique comme nous d’offrir des moyens faciles d’accès pour les Montréalais. Au début, on avait dans nos salles des gens entre 45 et 55 ans. On ne rejoignait pas les jeunes ni les communautés culturelles. Notre arrivée sur les médias sociaux nous a permis de les rejoindre. Nos consultations accueillantes et transparentes ont aussi permis de développer la crédibilité de l’institution.

D’autres villes vous ont-elles déjà approché pour implanter un office de consultation chez eux?
Oui, et on en est très fiers, parce que jusqu’à maintenant nous sommes uniques au Québec, à l’échelle municipale. Il y a la ville de Gatineau avec qui nous avons établi un dialogue très développé. Ils sont intéressés par la formule du «tiers-neutre». Il y a Porto Alegre, au Brésil, qui nous a approchés il y a un an et demi. Ils sont rendus à mettre une telle institution sur pied. Puis Lyon et Bordeaux, en France, qui nous ont approchés et commencent à regarder le modèle.

Quelles sont les grandes lignes de votre rapport 2013 que vous rendez public jeudi?
C’était une année chargée pour l’OCPM. Nous nous sommes ouverts à de nouveaux enjeux en se penchant sur le cas de l’implantation d’une école à l’Île-des-Sœurs. Ce n’est pas si simple qu’on le croit. La communauté était séparée en deux, ce qui a fait en sorte qu’on a inscrit à la charte de la ville la possibilité pour le conseil municipal de mandater l’OCPM sur l’implantation d’une école. Avant, ca ne faisait pas partie des projets sur lesquels on pouvait se pencher.

Quels sont les défis dans les prochaines années?
Pousser plus loin la mise en place d’outils qui permettront à un plus grand nombre de Montréalais d’avoir accès à nos consultations et à maintenir l’indépendance de l’Office à travers plusieurs intervenants aux points de vue différents.

*L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) est un organisme indépendant mandaté par la Ville et qui réalise des consultations auprès des citoyens et des experts sur des sujets de compétences municipales afin de présenter leurs recommandations au terme du processus.

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