lang="fr-FR" > «Il faut légitimer l’ambition des femmes», affirme Isabelle Marcoux
Montréal

«Il faut légitimer l’ambition des femmes», affirme Isabelle Marcoux

Isabelle Marcoux n’a jamais eu peur d’afficher ses ambitions. «J’ai reçu des bons conseils, j’ai travaillé fort et j’ai mis la barre haute», a confié celle qui préside le conseil d’administration de Transcontinental. Elle s’est jointe au projet L’Effet A pour aider d’autres femmes à atteindre les hautes sphères des entreprises. Métro s’est entretenu avec la femme d’affaires.

Pour le projet L’Effet A, vous vous êtes donnée comme défi d’élaborer d’ici 100 jour un programme de formation qui incitera des femmes à obtenir des postes de cadres dans le milieu de l’impression de votre entreprise. Pourquoi?
Le milieu de l’impression est traditionnellement masculin. Sur les 5000 employés, on a rassemblé 30 femmes cadres de peine et de misère à travers le pays et aux Etats-Unis. Dans certaines provinces, il y a une seule femme cadre. Le programme vise à briser l’isolement de ces femmes et à créer un réseau de solidarité. Il vise aussi à valoriser ces femmes et à les outiller.

Dans les prochains jours, on rencontrera deux firmes qui vont nous aider à bâtir le programme. On veut que ce soit un programme pertinent. Le défi, c’est d’avoir un projet qui va être inspirant pour d’autres entreprises.

C’est particulier qu’une entreprise privée accepte de partager de l’information avec d’autres entreprises privées…
Ça ne se voit pas beaucoup. On n’a pas beaucoup de modèle comme cela. D’habitude, on reste dans notre silo. Si 5 ou 10 entreprises peuvent adopter le programme, on va faire avancer la cause des femmes au Québec.

La sénatrice Céline Hervieux-Payette a déjà dit que s’il y avait plus de femmes sur les conseils d’administration, il y aurait plus de femmes dans les postes de direction. Qu’en pensez-vous?
Je pense qu’il faut travailler aux deux niveaux. Ça ne passe pas à un seul niveau. Pourquoi j’ai choisi de parler des femmes en entreprise, c’est que j’y tiens beaucoup. Je suis aussi sur plusieurs conseils et je vois la différence.

Qu’est-ce que les femmes apportent de plus dans une entreprise?
Les femmes ont un grand pouvoir d’analyse et elles ont une approche consensuelle orientée vers la résolution de problème. Je ne dis pas que les hommes n’ont pas ces qualités, mais je pense que c’est plus marqué chez les femmes. Et c’est normal qu’il y ait une représentation dans une entreprise de cette voix masculine et de cette voix féminine.

Est-ce que les femmes ambitieuses sont mal vues?
Je pense qu’il y a encore un petit stigma autour de l’ambition féminine par rapport à l’ambition masculine, qui est vue comme plus naturelle. Au final, mon but, c’est d’avoir un plus grand bassin de femmes [susceptibles d’occuper] des postes de direction.

Qu’est-ce qui empêche les femmes d’obtenir des postes de cadres?
Je pense qu’on se sous-estime sur certains plans. Quand on se fait offrir une [promotion], on se demande si on va être capable, si on est prête, si on a tout fait ce qu’il faut pour franchir cette prochaine étape. C’est un frein. On devrait se dire: «S’ils me l’ont demandé, c’est parce que je suis bonne.» Plus il va y avoir de femmes dirigeantes d’entreprise, plus il va y avoir des jeunes femmes qui vont se dire qu’elles sont capables de l’être aussi. Et peut-être qu’elles pourraient la demander, la prochaine promotion, sans remettre en question leurs capacités.

Vous parlez des jeunes femmes. Qu’est-ce qui en est de la conciliation travail-famille?
Quand les enfants ont de 0 à 6 ans, c’est sûr que cette conciliation est susceptible de ralentir la carrière d’une femme. La clé, c’est d’être très bien organisée et d’accepter les sacrifices que cela impliquent. Il faut aussi être bien entourée. Mais c’est possible. Je l’ai fait. Je connais d’autres femmes qui l’ont fait.

Mais la mère de famille n’est pas toujours pressentie par les chefs d’entreprise pour devenir cadre…
Il faut défaire cette idée. Les femmes sont capables de tout concilier. Si tu es capable, tu es aussi capable d’avancer dans ta carrière. Comme employeur, c’est important qu’on traite les femmes qui ont cette conciliation à faire correctement. On peut les aider, mais on ne doit pas freiner leur carrière.

«Il ne faut que nous soyons des femmes dirigeantes avec le syndrome de l’imposteur. Si nous sommes à ces postes, c’est que nous sommes compétentes.» – Isabelle Marcoux, président du conseil d’administration de Transcontinental

L’Effet A?
L’Effet A est un projet initié par la chef de direction de la Financière Sun Life Québec, Isabelle Hudon, pour promouvoir l’ambition des femmes. Cinq femmes y participent, dont Isabelle Marcoux et Mme Hudon. Elles ont 100 jours pour relever un défi.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version