Le projet de création d’un amphithéâtre naturel pouvant accueillir jusqu’à 65 000 spectateurs au parc Jean-Drapeau a été autorisé mardi matin au conseil municipal de la Ville de Montréal.
À l’issu d’un vote où 44 élus ont donné leur accord et 18 s’y sont opposés, le conseil a donné son autorisation à la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD) pour réaliser son projet d’aménagement du secteur ouest de l’Île Saint-Hélène au coût de 70,4M$, incluant l’amphithéâtre.
En plus de l’amphithéâtre, la SPJD entend restructurer l’allée centrale, qui relie la station de métro Jean-Drapeau, la sculpture de L’Homme de Calder, la Biosphère et le pont du Cosmos, qui donne accès à l’île Notre-Dame, tout ceci dans le cadre du 375e anniversaire de la Ville de Montréal. Le projet verra toutefois le jour seulement en 2019.
L’opposition officielle, Projet Montréal, s’inquiète toutefois de la disparition d’un milieu humide, dans ce projet, pour permettre la création de l’amphithéâtre.
«Un marais, c’est pas glamour, c’est plein de maringouins, a reconnu l’élue Émilie Thuillier. Mais c’est à la base de notre chaîne alimentaire. S’il n’y a plus aucun milieu humide dans notre province, on a un problème. Et on ne peut pas recréer un milieu humide.»
Crédit: Projet Montréal
À ceci, Réal Ménard, responsable de l’environnement au comité exécutif de la Ville de Montréal, a assuré, après discussion avec le chargé de projet, que le milieu humide en question «n’a pas été créé il y a 50 ans». «C’est un milieu créé en 1990, par l’homme, de manière anthropique. Il y a une pompe qui est vidée chaque saison et [c’est un processus] par lequel il en est venu à devenir un milieu humide», a-t-il indiqué pour calmer les critiques.
«Ne me dites pas que parce qu’il y a ce dossier de milieu humique qu’on va s’empêcher de mettre en valeur le parc Jean-Drapeau», s’est-il exclamé.
Le chef intérimaire de Projet Montréal, Luc Ferrandez, a exigé de la part de la SPJD qu’elle fasse «preuve de transparence» et a demandé pourquoi sa présidente, Danièle Henkel, n’était pas venue présenter le projet devant les élus du conseil. Il a mentionné au passage que le projet de rénovation de la place des Nations, présent dans le plan directeur du parc, ne semblait plus être à l’horaire.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, a d’abord réitéré sa confiance envers Mme Henkel, mentionnant que l’élu Marc-André Gadoury, de l’équipe Coderre, avait été désigné comme observateur au conseil d’administration de la SPJD.
«Pour la place des Nations, on la regarde, mais ce n’est pas une priorité pour les legs du 375e anniversaire de Montréal», a ajouté le maire.
Les élus de l’opposition ont également requis davantage d’études et d’explications sur l’impact de ce projet.
«[L’amphithéâtre naturel], c’est pour des gens qui organisent des spectacles pour 65 000 personnes et plus. Il n’y en a pas des masses. C’est quoi l’impact pour Montréal?» a questionné Émilie Thuillier.
«Où est la liste des événements prévus? a quant à lui demandé Éric Alan Caldwell, de Projet Montréal. J’imagine qu’on a consulté des gens qui organisent des spectacles pour 65 000 personnes. Quand on a un investissement de 70,4M$ pour la culture, on devrait avoir l’avis de la direction de la culture.»
Les craintes de privatisation du parc Jean-Drapeau sont «un abus de langage», selon Réal Ménard. «Il n’y a pas un promoteur qui a un contrat d’exclusivité», a-t-il assuré.
Il soutient que cinq événements se tiennent sur une base récurrente au parc Jean-Drapeau, mais l’amphithéâtre naturel pourra accueillir autant des événements privés que publics.
«On veut aussi qu’un nombre de plus en plus grand de Montréalais aillent se promener au parc Jean-Drapeau. Et en ce moment, il y a une promenade qui est reconnue comme un îlot de chaleur. Quand il y a des milliers de personnes qui se rassemblent [sur l’espace du futur amphithéâtre], il y a de la poussière. C’est ça qu’on veut régler», a indiqué M. Ménard.
Le responsable de l’environnement a également précisé que les festivals estivaux comme Osheaga et Heavy Montreal, qui se déroulent sur le site du parc Jean-Drapeau, rapportent directement et indirectement 30M$ à la métropole.
«Quand il y a des événements qui rapportent des milliers de dollars [de profit] pourquoi aurait-on cette mentalité aussi frileuse [à l’égard du projet de rénovation]?» a lancé M. Ménard.
