En tournée, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé l’Europe à plus de tolérance envers ses immigrants. C’est pour lui le défi du XXIe siècle.
En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a de son côté annoncé l’échec du multiculturalisme allemand. Qu’il s’agisse de droits individuels et de droits collectifs, de tolérance et de respect, d’intégrisme et d’intégration, l’immigration représente un défi de taille. C’est vrai en Europe, mais c’est aussi vrai chez nous.
Au même moment, le débat identitaire a repris à l’Assemblée nationale. L’avocate et auteure Wassyla Tamzaly, invitée de la Coalition laïcité Québec, appelle à la vigilance. Celle qui a défendu les droits des femmes à l’UNESCO met en garde contre la laïcité ouverte, qui, selon elle, nie l’exigence de la laïcité, qui implique la liberté de conscience et d’opinion et non le respect des religions.
Après avoir réfléchi à la question dans le cadre de la Commission Bouchard-Taylor, le Québec doit lui aussi trouver un modèle qui lui permette d’être une terre d’accueil de choix pour les immigrants, et ce, tout en respectant ses valeurs. Ici aussi le modèle du multiculturalisme montre ses limites. Le projet de loi 94, la loi établissant les balises encadrant les demandes d’accommodement dans l’administration gouvernementale et dans certains établissements, nous laisse sur notre faim.
Certes, l’équilibre et la nuance sont difficiles à trouver dans ce débat qui attise les passions. Il faut retourner dans l’histoire pour comprendre que les différentes vagues d’immigration ne se sont pas faites sans heurt. À ce sujet, il importe de ne pas oublier les émeutes proviquées à Saint-Léonard de 1969 par la question de la langue d’enseignement.
Il n’est pas simple de trouver l’équilibre. Où sont les intellectuels quand nous avons besoin d’eux? Il serait intéressant d’avoir un débat serein sur l’évolution des droits dans nos sociétés. Il est certes important de protéger les droits individuels, mais on doit se questionner sur la place des droits collectifs, particulièrement dans un contexte de société minoritaire.
Dans le dossier de la langue, le gouvernement a proposé une solution opposant les mêmes enjeux. En permettant à certains d’avoir accès à l’école anglaise en fonction de leur portefeuille, la loi 115 nous place devant le même dilemme. Celui de protéger les droits individuels au détriment des droits collectifs.
Or, pendant trop longtemps, le gouvernement a laissé pourrir la situation sur le plan identitaire. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’intégration économique des nouveaux arrivants. Cela dit, vivement l’adoption d’une constitution québécoise qui permette de rassembler nos valeurs communes. Elle guidera les tribunaux supérieurs et permettra d’imprimer la direction que prendra la société québécoise dans un monde où l’accueil réussi de ceux et de celles qui font le choix de venir construire le Québec est une richesse.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.