Après le Conference Board, c’est au tour de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de sonner l’alarme afin d’attirer l’attention sur les inégalités de revenus entre les riches et les pauvres.
Pire, elles se sont accentuées au cours des 30 dernières années. Ailleurs, mais ici aussi, au Canada. Selon les chiffres avancés par l’OCDE, 1 % des Canadiens les plus riches se partageaient, en 2007, 13,3 % des revenus totaux, compa-rativement à 8,1 % en 1980. Le revenu moyen des 10 % des Canadiens les plus nantis était 8 fois supérieur à celui des
10 % les plus pauvres. En moyenne sur le globe, le ratio est de 9 pour 1. Même si les inégalités au Canada sont moindres qu’aux États-Unis, il n’y a pas de quoi se péter les bretelles.
Ce sont les inégalités de salaire et dans les revenus de travail qui sont tout particulièrement à montrer du doigt. Pourquoi? Entre autres parce que les conditions de travail se sont nettement dégradées. En travail atypique, en temps partiel, en travail occasionnel, etc. L’OCDE le dit, les statistiques l’illustrent, des études scientifiques le démontrent. Mais les principales associations patronales, comme le Conseil du patronat et les chambres de commerce du Québec, le nient.
Au moment même où l’OCDE préconise «une plus grande imposition des revenus les plus élevés pour renverser la vapeur» (Radio-Canada, 5 décembre) et que les milliardaires Warren Buffet et George Soros demandent à payer plus d’impôts, l’Institut économique de Montréal soutient que ce n’est pas la solution. La raison? Parce qu’«il faudrait imposer à 100 % les contribuables avec un salaire supérieur à 250 000 $ pour combler le déficit de 3,8 G$ cette année», pouvait-on lire dans Métro hier. L’argument-choc : étant donné que ce n’est pas réaliste de taxer les salaires des plus riches à 100 %, «c’est la preuve par l’absurde que ce n’est pas la solution». Selon la même logique, comme on ne peut pas retirer 100 % du sang d’un individu, aussi bien laisser tomber les collectes… L’absurde, c’est plutôt d’avoir pensé taxer à 100 % les riches pour démontrer l’impossibilité de hausser leurs impôts.
Allant à l’encontre des idées reçues, l’OCDE tient à souligner que les écarts se sont creusés en pleine période de croissance économique et de création d’emploi… Avec son incroyable sens du timing, le gouvernement du Canada, au lieu de s’attaquer à ces inégalités et de réfléchir à des solutions concrètes, dit qu’il a un mandat clair des Canadiens pour célébrer en grande pompe le jubilé de diamant de la reine Elizabeth au coût de 7,5 M$. On dit que le ridicule ne tue pas…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.