J’ai grandi avec la télé allumée en permanence dans la cuisine chez nous. C’était au temps où, avec seulement deux postes francophones, le 2 et le 10, on nous offrait de tout. Dans une joyeuse anarchie, s’y mêlaient du football, de l’opéra, Le Capitaine Bonhomme, Fernand Seguin, des trucs pour confectionner une cabane à moineaux, des documentaires de Cousteau, etc.
Depuis, le câble est devenu incontournable et plein de nouveaux joueurs se partagent maintenant la grande tarte de la tévé. Les voies de la télévision de demain, enfin c’est ce que l’on nous rentre dans le fond de la gorge depuis des années, appartiennent aux chaînes spécialisées. En principe, les téléphages autant
que les créateurs de chez nous devraient en ressortir gagnants. Pourtant,
quand on insiste pour nous faire croire que le futur de la télé va de pair avec l’innovation, j’ai l’impression qu’on se fout de notre gueule.
La semaine dernière, TVA a lancé une nouvelle chaîne numérique consacrée au
cocooning. Au programme, des rediffusions des émissions de Maman Dion, l’intégrale des trois saisons de Ma maison Rona et des reprises de Dodo déco, un soporifique fort efficace que l’on dissimulait jadis dans la programmation du samedi matin, si ma mémoire est bonne. Pour ce qui en est du contenu québécois neuf, il sera limité dans un premier temps à des capsules de 90 secondes et aux liens entre les émissions. Wow, on rit pu.
Ça m’a rappelé le projet du canal d’humour d’il y a quelques années. Dans sa grille, Télé Ha-Ha proposait des reprises des Galas Juste pour Rire, des reprises de Samedi de rire, des reprises des Lundis des Ha-Ha, des reprises de Symphorien, etc. Et une fois de temps en temps, pas trop souvent quand même, une vitrine pour montrer des nouveaux talents. Vous remarquerez que ça fait toujours bien dans un projet. Finalement, l’affaire avait fait patate. Mais qu’est-ce qu’on a raté…
Plusieurs choses ont changé dans le Québec moderne. En plus de la multiplication des chaînes de télé, il y a aussi notre volonté de vouloir s’adonner de plus en plus au recyclage. Mais jamais je n’aurais cru que ces deux réalités pouvaient éventuellement faire aussi bon ménage.