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Culture

Sur la route de Céu

Michael-Oliver Harding - Métro

Jazz. Six ans après son dernier passage, Céu revient partager avec les Montréalais toute la richesse musicale du Brésil. Entretien avec celle qui voit au-delà de la samba.

Mis à part la frénésie festive qu’est le Carnaval de Rio, le Brésil évoque encore chez bien des gens les rythmes tantôt dansants, tantôt mélancoliques de la samba et de la bossa-nova. Mais une nouvelle génération d’artistes gagne tranquillement du terrain : bien qu’ancrés dans les traditions musicales du pays, ces derniers empruntent allègrement au R&B, à l’afro-beat, au cumbia et à l’électro-jazz. La chanteuse Céu («ciel» en portugais) figure à l’avant-plan de cette mouvance, se démarquant toutefois comme l’une des rares artistes ayant véritablement percé au-delà des frontières du pays le plus vaste et peuplé d’Amérique latine.

La jolie chanteuse de 32 ans revient au Jazz après six longues années d’absence (son spectacle affiche d’ailleurs déjà complet) pour présenter son troisième disque Caravana Sereia Bloom, empreint de poésie, d’arrangements ludiques et de synthés post-psychédéliques. Tandis que le premier album reposait sur son héritage de samba langoureuse, Céu en profite désormais pour puiser dans un vaste bassin de rythmes africains, de reggae jamaïcain, de sonorités latines (carimbó, tecnobrega, lambada, guitarrada) et du tropicália d’Os Mutantes. «Mon pays est immense, avec des racines aborigènes, afro-américaines et portugaises, affirme la chanteuse à la voix si harmonieuse, lorsqu’on la joint dans sa ville natale de São Paolo. Ma ville l’est tout autant, arborant fièrement toutes ses influences, alors je crois qu’il soit très naturel pour moi de brouiller les pistes et d’utiliser la musique comme journal intime.»

Bien qu’elle aille puiser dans un répertoire global et très hétéroclite de sonorités, elle affirme partager avec très peu de Brésiliens ses références en matière de soul (Lauryn Hill, Billie Holiday ou Erykah Badu), ce qui la démarque d’autant plus du lot. «Peu de gens y souscrivent, je dirais! Le Brésil est un endroit particulier: c’est peut-être le seul pays à part les États-Unis où l’on consomme majoritairement sa propre musique. Ici,la samba règne!»

Son dernier disque voit celle que la presse culturelle qualifie de «voix authentique et rafraîchissante d’un nouveau Brésil» prendre la route pour s’évader et en ramener des souvenirs mélodiques d’une région quasi inconnue pour les non-initiés. Caravana est en quelque sorte un On the Road musical (et brésilien!) qui nous plonge dans les grands mythes du voyage et le hasard des rencontres alors que Céu traverse le pays de São Paolo au Nordeste…

Essor post-samba
La novatrice Céu a forcé plusieurs mélomanes à remettre leur répertoire de musique brésilienne à jour (souvent composé d’artistes comme João Gilberto, Elza Soares et Caetano Veloso ayant déjà franchi le cap de la soixantaine). Elle reconnaît toutefois que sa carrière n’aurait pas connu un si bel essor sans tous ces pionniers aux allégeances samba qui l’ont précédée. «À l’étranger, on commence à s’intéresser à la musique contemporaine du Brésil, se réjouit celle qui détonne de la plus vieille génération avec ses goûts aventureux. Jusqu’à récemment, on s’en tenait aux racines de notre musique, en faisant abstraction de tout ce qui se tramait à São Paolo, à Rio et ailleurs. Sur ce nouveau disque, j’essaie de partager les rythmes et styles du Nordeste, qui sont vraiment à l’avant-garde de tout ce qui se produit en Amérique du Sud.»

Céu
Au Club Soda
Samedi à 22 h

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