Elle a été longuement mûrie, l’idée du film La vérité. Marc Bisaillon a été habité pendant une douzaine d’années par ce fait divers qu’on lui avait raconté, l’histoire tragique de deux adolescents qui avaient tué un voisin accidentellement, un soir de beuverie. «Entre-temps, j’ai tourné La lâcheté, et je me suis intéressé aussi à l’histoire de Stephen Marshall, un homme qui assassinait des prédateurs sexuels dans le Maine, pour mon prochain projet.»
Le réalisateur s’est rendu compte qu’il existait un lien entre tous ces projets cinématographiques : la notion de silence, que ce soit celui des coupables ou des victimes. «Je me suis rendu compte aussi que j’étais souvent touché par des histoires vraies, dans lesquelles des gens ordinaires sont dépassés par des événements extraordinaires», dit-il.
Dans ce cas-ci, le cinéaste a été particulièrement interpellé par le questionnement intérieur qu’a provoqué chez lui ce fait divers, autour duquel il a brodé pour créer des personnages qui lui permettraient d’exploiter toutes les facettes de ce questionnement. «Qu’est-ce qu’on fait dans ce temps-là, ou si un de nos enfants vit ça? Est-ce qu’on redouble d’ardeur pour faire le bien? Est-ce qu’on se livre à la justice? Est-ce qu’on peut vivre avec ça?» s’est demandé Marc Bisaillon.
Ce dernier espère par ailleurs que son film suscitera une réflexion chez le public. «J’aimerais que les gens n’oublient pas le film après cinq minutes, qu’ils puissent discuter après, dit-il. On a fait quelques avant-premières et ça ne jase pas fort à la fin du film. Les gens nous écrivent après pour nous dire : « Excuse-moi, je ne suis pas venu te parler après le film, j’étais encore dans ce monde-là… » J’aime ça, les histoires prenantes; alors j’essaie d’en faire. Ça nous fait nous poser des questions sur nous-mêmes, je crois.»
«J’avoue…»
entrevue. Marc Bisaillon ne tarit pas d’éloges à l’égard des jeunes comédiens Émile Mailhiot et Pierre-Luc Lafontaine, tous deux très naturels jusque dans leurs dialogues. «J’ai été chercher un peu les expressions d’ados, et j’ai gardé « C’est clair » et « J’avoue »… je trouvais ça très drôle de faire dire la première à Gabriel, qui est tout mêlé, et le deuxième à Yves, qui veut garder le secret sur le crime.»
Il a également laissé assez de liberté aux comédiens. «Moi, quand je dirige des acteurs, je ne les écoute pas vraiment parler, admet le cinéaste. J’essaie de voir s’il se passe quelque chose, si je ressens quelque chose. Je ne suis pas trop pointilleux, tant qu’on comprend ce que la scène veut dire.»