Culture

La poésie des parcs

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Hugo Bélanger en est à sa troisième collaboration avec le théâtre La Roulotte. Pas étonnant, puisque le metteur en scène est un véritable passionné de théâtre de rue. «Les gens ont souvent peur des bâtiments, affirme-t-il. Avec le théâtre de rue, on se rapproche d’eux. Il y a un côté très poétique à tout ça.»

Chaque été depuis près de 60 ans, le théâtre La Roulotte monte une pièce destinée aux jeunes que de nouveaux diplômés de l’École nationale de théâtre et du Conservatoire d’art dramatique jouent ensuite dans les parcs de Montréal. Après Le magicien d’Oz signé Félix Beaulieu-Duchesneau l’an dernier, c’est de nouveau un conte bien connu, Pinocchio, qui est recréé en plein air par Hugo Bélanger et sa bande.

«Quand on joue dehors, on n’a pas le choix, il est nécessaire d’avoir un texte clair et facile à comprendre, explique le metteur en scène. Le public ne peut pas se cas- ser la tête au troisième degré quand il assiste à un spectacle en plein air. Le lieu ne le permet pas, il y a plusieurs distractions partout autour et l’acoustique n’est pas parfaite… Je dis souvent aux comédiens que l’écureuil dans l’arbre et un avion dans le ciel seront toujours plus intéressants qu’eux!»

À plus forte raison quand le public en question est principalement composé d’enfants : «Les enfants sont honnêtes, et s’ils s’ennuient, ils n’auront aucun problème à se lever et à s’en aller jouer au ballon, alors il faut réussir à capter leur attention et à la garder.» Une belle leçon d’humilité pour les acteurs fraîchement sortis de l’école, croit-il.

Comme les acteurs sont également responsables de monter les décors, entre autres choses, le metteur en scène considère que cela leur permettra, quand ils joueront au TNM, par exemple, d’être plus respectueux envers le travail des techniciens. «Les grands acteurs, ce sont ceux qui ont compris que jouer à la star, ça fait juste emmerder tout le monde», lance-t-il.

Si le conte a une structure simple, il n’est pas simpliste pour autant, prévient Bélanger. «Il y a une morale, beaucoup de dimensions… ce n’est pas pour rien s’il s’est fait des psychanalyses de contes!» s’exclame-t-il. De fait, Pinocchio est une véritable métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte, et de l’apprentissage de la vie en société.

Pour créer son adaptation, Hugo Bélanger a glané des éléments dans le roman de Carlo Collodi aussi bien que dans le dessin animé de Walt Disney. «La version de Disney est tellement connue qu’il aurait été impossible d’en faire fi, affirme-t-il. Mais mon Pinocchio se rapproche plus du roman que du film de Disney : il est moins naïf et plus rebelle, comme un enfant.»

En ce qui concerne la grande variété de lieux dans lesquels Pinocchio se retrouve au fil de l’histoire – au théâtre de marionnettes, dans le ventre d’une baleine… –, Hugo Bélanger rappelle que le théâtre est un art de convention. «Si tu es dans un château, tu n’as pas besoin de recréer le château au complet, il faut juste établir qu’on est dans un château à partir d’un élément de décor, et tout le monde comprend, explique-t-il. Ça permet d’être créatif. C’est ça, la beauté du théâtre.»

Pinocchio
Dans les parcs de Montréal
Jusqu’au 23 août
accesculture.com

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