C’est dans la salle de montage du premier long métrage de Simon Lavoie, Le déserteur, que lui et son ami Mathieu L. Denis se sont mis à rêver d’un film qui pourrait interpeller le Québec contemporain. Un désir de prendre la parole haut et fort. Ainsi est né Laurentie, film qui témoigne de la chute dans la névrose d’un Québécois francophone qui entretient une haine viscérale pour son voisin anglophone à qui tout réussit.
«Souvent, au cinéma, c’est d’abord le goût de faire un film, et puis tu cherches un sujet, croit Mathieu Denis. Pour nous, le sujet s’est imposé de lui-même. Il y a des choses dont on ne parle jamais au Québec et qu’on voulait aborder, dont les relations complexes entre les Francophones et les Anglophones, ou le marasme, l’immobilisme dans lesquels on voit le Québec aujourd’hui.»
Pour les deux jeunes cinéastes, il était urgent d’aborder ce sujet, «ce qu’on perçoit comme le Québec en train de s’éteindre, le français en train de disparaître», explique Simon Lavoie. «En apparence, il ‘y a pas vraiment de problème, ajoute Mathieu Denis. Il y a une espèce de cohabitation, mais les Anglophones et les Francophones vivent complètement séparés. Cette espèce de ségrégation ne cause pas de problème apparent, mais il règne un genre de ressentiment latent. Le film montre les extrêmes où ça pourrait nous mener.»
Fait relativement rare, les deux compères signent ensemble la réalisation de Laurentie. Et si réaliser un film à quatre mains n’est pas une mince affaire, admettent-ils, ils croient également que cela comporte son lot d’avantages. «Ça nous a permis d’aller plus loin, explique Mathieu Denis.
Certains aspects du film sont lourds à porter, nos échanges nous ont permis de les assumer davantage.» «Quand on imaginait les séquences les plus troubles du film, on se demandait : « Est-ce qu’on peut aller jusque-là? » Le fait de dialoguer nous a galvanisés.»
Même si la réalité que Lavoie et Denis présentent n’est pas particulièrement rose («C’est un point de vue qui ne plaira pas à tout le monde, les gens n’aiment pas tous se faire montrer ce côté de la médaille», croit Mathieu Denis), les cinéastes ont inclus ce qu’ils considèrent comme «la seule source de lumière du film» : des extraits de poèmes nationalistes d’Hubert Aquin, d’Anne Hébert et de Saint-Denys Garneau. «Pour nous, c’était important, parce que ça ancre le film dans l’imaginaire québécois, explique Mathieu Denis. Il y a une espèce de contraste qu’on trouvait vraiment intéressant entre ces textes qui exaltent, qui proposent une idée magnifique de ce que pourrait être le Québec, par opposition au Québec d’aujourd’hui, où les gens ne sont plus exaltés, mais plutôt résignés, désabusés.»
Pessimiste, Laurentie? Pas forcément : «Le film est un peu dans le même état d’esprit que les poètes qu’on cite, croit Simon Lavoie. Il part de l’intime pour aller vers le collectif.» «À travers ces textes, on voyait cette vision, cet espoir de ce que pourrait être le Québec, et il n’y pas de raison que ça ne revienne pas, ajoute Mathieu Denis. Il faut qu’on se reprenne en main, qu’on arrête de se résigner, de s’écraser.»
Laurentie
En salle dès vendredi