Un premier one-man show, vraiment? À voir l’aisance d’Eddy King sur la scène du St-Denis, hier soir, on avait peine à y croire. Hormis un petit trou de mémoire – qui lui a valu une ovation encourageante de ses fans – le jeune humoriste français d’origine congolaise a enchaîné les monologues avec une fluidité déconcertante.
On le savait: ce spectacle, c’était en quelque sorte une carte de visite. Il a donc été beaucoup question de la jeunesse de l’humoriste en France – «mais ma France à moi, ce n’est pas celle que vous imaginez, toute droit sortie d’une carte postale… moi, dans ma France, vous n’auriez pas de carte postale parce qu’on vous aurait volé votre appareil photo!» Le ton était donné. Ce disciple de Dave Chapelle et de Jerry Seinfeld n’avait pas l’intention de faire dans la rectitude politique. Tant mieux pour nous!
Pas de fla-fla chez Eddy King. Dans un décor rappelant ceux de ses idoles, seulement son nom en grosses lettres lumineuses derrière lui, il a privilégié l’approche stand-up, y allant de ses observations mordantes et justes de la société d’aujourd’hui et n’épargnant personne : Blancs, Noirs, asiatiques, autochtones, tout le monde y passe, et tout le monde dans la salle l’accepte de bonne grâce – et même avec force rires. Le secret? Il a beau se moquer, Eddy King le fait toujours avec respect, complicité et absence de vulgarité.
Du reste, même en utilisant son spectacle pour se «présenter» au public, le jeune homme n’a pas hésité à s’attaquer à des sujets de société plus large par le biais de ses propres expériences – Barack Obama, le référendum de 1995, les banlieues, l’esclavage –, s’adressant ainsi à un public jeune et informé, dans la tradition de ses idoles américaines.
Issu du monde de la musique, Eddy King a affirmé que son amour du hip-hop était «le seul stéréotype» qu’il s’autorisait, et s’est par ailleurs fait plaisir en terminant son spectacle par un petit rap fort bien tourné. Conclusion réussie pour un show savoureux, dont on espère fort qu’il fera des petits dans les prochaines années.
Eddy King
Au Théâtre St-Denis
Jusqu’à samedi (15 octobre)
En supplémentaire du 5 au 7 janvier