Culture

Marécages: Pascale à la ferme

Le travail manuel n’effraie pas Pascale Bussiè­res. Et c’est tant mieux, car elle a dû se retrousser les manches à maintes reprises durant le tournage de Marécages. En plus de pelleter du fumier, la comédienne a récuré une baignoire, balayé l’étable et même accouché une vache. «C’est quand même un drôle de métier, celui d’actrice, dit-elle. À la fin de mes journées sur le plateau de Marécages, je pouvais dire : « Aujourd’hui, je me suis fait violer, j’ai aidé une vache à donner naissance et j’ai fait les foins. » Ce n’est pas banal!»

Dans le premier long métrage de Guy Édoin, Pascale Bussières incarne Marie, une épouse fidèle et une mère meurtrie coincée entre son mari (Luc Picard) et son fils (Gabriel Maillé). Isolés du reste du monde, ils travaillent d’arrache-pied sur leur ferme laitière. Endettés jusqu’au cou et frappés par la sécheresse qui menace d’engloutir leur gagne-pain, ils voient leur destin basculer le jour où un terrible accident survient sur leurs terres. «Derrière le côté bucolique et pastoral de la campagne, il y a une réalité brutale, tant sur le plan physique que moral, note Pascale Bussières. Il n’y a pas d’échappatoire pour une famille d’agriculteurs.»

Marécages s’inscrit dans la continuité des Affluents, une trilogie de courts métrages que Guy Édoin a entamée en 2004 avec Le pont, mettant en vedette Monique Miller et Gabriel Gascon. Puis ont suivi Les eaux mortes (2006) et La battue (2008), deux films sélectionnés dans plusieurs festivals. Les cinéphiles avertis remar­que­ront dans Marécages des clins d’œil à chacune de ces œuvres. Des rappels qui s’imposaient puisque ces dernières ont été tournées au même endroit : la ferme familiale située dans les Cantons-de-l’Est.

Édoin a pu compter sur l’aide de ses parents du début à la fin du tournage. «C’était une affaire de famille : les enfants de ma sœur couraient partout sur le plateau, ma grand-mère faisait des tartes pour l’équipe… On passait notre temps à rire entre les prises», raconte-t-il.

Lauréat du prix Jutra du Meilleur court métrage en 2007 pour Les eaux mortes, Guy Édoin aborde plusieurs thèmes qui lui sont chers dans Marécages (l’incommunicabilité, les relations amour-haine, l’identité sexuelle), et il le fait avec une économie de mots qui en surprendra plusieurs. «En tant que spectateur, je déteste me faire prendre par la main, dit-il. On n’a pas besoin de tout expliquer!»

Bien qu’il habite en ville depuis, Édoin éprouve un amour profond pour la campagne qui l’a vu grandir. Le réalisateur s’est d’ailleurs inspiré de sa jeunesse pour rédiger le scénario de Marécages. «Le film est rempli d’expériences que j’ai vécues, mais ce n’est pas une biopic», dit-il. Pascale Bussières parle avec admiration de la démarche du réalisateur. «Sa façon d’explorer son territoire… Je trouve ça fascinant, avoue-t-elle. Il fait des fouilles archéologiques chez lui, dans sa cour, pour expliquer le monde et sa propre existence.»

À l’origine, Guy Édoin souhaitait engager des acteurs amateurs pour tourner Marécages. «Mais on s’est vite rendu compte que, comme c’est une tragédie, il nous fallait des comédiens plus grands que nature», raconte-t-il.

Le réalisateur a trimé dur avant de convaincre Pascale Bussières de se joindre à l’aventure. Les deux refus initiaux de l’actrice n’ont toutefois pas refroidi ses ardeurs. «Pascale est d’une beauté solaire, indique-t-il. C’est assez phénoménal, mettre une caméra sur cette femme-là.»

Pour sa part, l’actrice craignait que le tournage du film ne laisse sur elle une empreinte indélébile. «En tant que mère, j’avais peur de me projeter dans cet univers-là. J’avais peur que ce soit trop douloureux», explique-t-elle.

Mais revenons sur cette scène où on la voit enfiler un gant de plastique avant de plonger son bras dans
le derrière d’une vache. A-t-elle mis du temps à s’en remettre? «J’avais déjà travaillé sur une ferme, mais je n’avais jamais eu la main dans un utérus de vache. Ça, c’était une première!» répond-elle en riant.

Marécages

En salle dès vendredi

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