Culture

Décharge: les risques d'aider les autres

Présenté à Namur et dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, Décharge est un drame urbain qui se déroule à Montréal. Ayant mis ses problèmes derrière lui grâce à l’aide de sa femme intervenante (Isabel Richer), un vidangeur (David Boutin) voit son existence s’écrouler lorqu’il essaie d’aider une jeune prostituée (Sophie Desmarais).

Deuxième long métrage de fiction du documentariste Benoît Pilon, Décharge parle à nouveau de dévotion et du désir de prêter main-forte à ses semblables, mais de façon plus sombre que le précédent film du réalisateur, le remarqué Ce qu’il faut pour vivre.

«Pour quelles raisons tu veux aider quelqu’un? se demande le cinéaste. Est-ce que cette personne-là veut se faire aider? Est-ce que tu le fais pour te déculpabiliser de tes propres démons que tu traînes? Dans toutes les belles causes, souvent il y a des choses qui sont un peu plus douteuses, et quand on creuse un peu, ce n’est pas toujours aussi noble qu’on voudrait l’imaginer.»

Motivé par le désir d’assurer la sécurité de ses proches et de sauver une âme à la dérive, le personnage prin-cipal met un pied dans un engrenage dangereux. «Il aurait pu passer le dossier à sa blonde, mais il voulait se prouver qu’il était capable de l’aider seul, comme on l’avait aidé auparavant», explique David Boutin.

Sa rechute se produit au contact de la jolie prostituée Ève, qui roule son rocher comme Sisyphe. Un rôle qui nécessitait beaucoup d’abandon et de recherche de la part de Sophie Desmarais. «J’ai rencontré des filles du centre Stella, des anciens membres de gang de rue, raconte-t-elle. Je suis allée aux danseuses, dans des salons de massage érotique… Ces univers-là sont très tabous. Ce sont des choses qu’on ne sait pas. L’esclavage sexuel est très présent. On imagine que ça se passe juste en Europe de l’Est. Mais non, il y en a souvent au Québec, notamment dans les motels au bord de l’autoroute.»

La rue d’à côté
Pour les besoins d’une scène, la comédienne Sophie Desmarais se trouvait au coin d’une rue, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. «J’étais seule et il n’y avait rien qui ressemblait à un tournage, confie-t-elle. J’ai trouvé ça confrontant, car je me suis dit : « les gens pensent que je suis une réelle prostituée qui est vraiment scrap. » J’étais curieuse de savoir quelle allait être la réaction du monde. Je suis restée là un petit bout de temps et j’ai eu des propositions! Ils m’ont tellement maganée pour cette scène-là que je me suis dit que je ne pouvais qu’inspirer de la pitié. Mais non! Il y a des autos qui se sont arrêtées. Ça m’a rendue très agressive. Je n’en revenais pas qu’il y ait des individus qui puissent abuser de la vulnérabilité. J’ai été très déçue de la nature de certaines personnes. J’ai trouvé ça tordu, éton­nant. C’est l’envers du décor.»

Décharge
En salle le 21 octobre
Au Festival du nouveau cinéma lundi et mardi

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