Pour Geoffrey Enthoven, le handicap était un bon prétexte pour aborder la réalité de l’adolescence. «Je trouve qu’il y a toute une industrie qui tourne autour d’un mensonge : « Tu dois porter ce déodorant, tu dois sortir dans cette discothèque, tu dois mettre ces vêtements, tu dois parler à une nana de cette manière, et tu pourrais être chanceux ce soir », déclare le cinéaste belge. En abordant ces stéréotypes par le biais de jeunes handicapés, on commence par se dire : « Ah, pauvres eux, il n’y a pas d’autre moyen », pour finir par réaliser qu’ils sont comme tout le monde.»
Dans Hasta la Vista!, dont l’idée est inspirée du documentaire anglais For One Night Only, trois jeunes puceaux souffrant de handicaps physiques majeurs décident de se rendre dans un bordel en Espagne conçu spécialement pour «les gens comme eux».
Souhaitant faire ce voyage sans leurs parents, ils finissent par trouver une chauffeuse de bus qui les accompagnera dans leur périple.
De l’avis du réalisateur, avant d’être un film sur le handicap ou la sexualité, Hasta la Vista! est une ode à l’amitié. «Je savais qu’en commençant le film, les gens se diraient quelque chose du genre : « Accompagner des handicapés en bus, je ne voudrais jamais vivre ça! », et mon but, c’était qu’à la fin, on ait envie d’avoir fait le voyage avec eux, raconte-t-il. Ils sont aussi chiants et sympathiques que n’importe qui!»
S’il traite d’un sujet qui ne semble pas joyeux a priori, le scénario d’Hasta la Vista! – signé Pierre De Clercq – n’en comprend pas moins plusieurs éléments comiques.
«J’adore la tragicomédie, parce qu’à partir du moment où on peut rire de quelque chose, ça veut dire qu’on a dépassé le tabou, explique Enthoven, qui dit avoir voulu reproduire l’esprit du film Little Miss Sunshine. On peut mettre le problème en perspective. Je n’essaie pas d’éviter les choses dures de la vie, mais je veux porter sur elles un regard positif. Ça m’aide moi-même, ces personnages m’inspirent.»
Jouer un handicapé
S’il a d’abord été question de faire appel à des comédiens ayant véritablement un handicap, Geoffrey Enthoven a finalement laissé tomber après un casting d’un an et demi. «Ç’a été bien pour la recherche, on a rencontré des gens intéressants, mais on s’est rendu compte que le tournage d’un road movie, c’est très exigeant, rappelle le cinéaste flamand. Et je ne voulais pas reproduire le documentaire.»
Enthoven a néanmoins fait appel à des comédiens peu connus du grand public, un choix qu’il a fait sciemment pour que les gens voient d’abord les personnages, et non les acteurs.
Résultat? «Ç’a été le plus beau tournage que j’ai vécu de ma vie, affirme-t-il. C’était une grande fête. On a travaillé très fort, mais on est devenus très copains, une véritable famille.»
Hasta la Vista!
En salle dès vendredi