C’est l’histoire d’un prénom connu de tous les Français. Celui d’un homme associé pour toujours à une affaire criminelle dont on ne connaîtra peut-être jamais le fin mot.
Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : «Omar m’a tuer.» Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français. Dès lors, il est le «coupable idéal». Omar ne sera libéré que sept ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice.
Aujourd’hui, Omar Raddad réclame un nouveau procès. «C’est pour ça qu’il se lève tous les matins, affirme Roschdy Zem. Il dit : « Je suis dehors depuis 1998, mais ma tête est toujours derrière les barreaux. » Les autorités pensaient avoir la paix en lui accordant la grâce présidentielle, mais c’est loin de lui suffire.» Nous avons rencontré le cinéaste.
Comment l’affaire Raddad est-elle devenue le sujet de votre second film, cinq ans après Mauvaise foi?
En 2007, Rachid Bouchareb a acheté les droits du livre d’Omar Raddad pour en faire un film. Son idée, c’était de me confier l’interprétation. Très vite, je me suis passionné pour tout ce qui avait été écrit sur cette affaire. En revanche, je ne me suis jamais projeté dans le rôle. Mais je me voyais bien comme réalisateur!
Votre film oscille entre la chronique sociale et l’enquête journalistique; ce n’est pas vraiment un thriller judiciaire. C’était votre intention de départ?
Je ne voulais pas réitérer ce qu’avaient déjà fait les médias ces 20 dernières années. L’instruction, le fait de savoir s’il est coupable ou pas, etc. Tout ça a eu tendance à occulter l’aspect humain. Je voulais donc me concentrer sur la personnalité d’Omar Raddad et la façon dont il a vécu cette affaire. L’histoire d’un anonyme parmi les anonymes. Et puis, plus j’avançais dans l’écriture avec mon coscénariste, plus j’explorais le dossier d’instruction, plus je me suis interdit de négliger cet aspect-là…
Quelle est la première chose que vous avez demandée à Omar Raddad quand vous l’avez rencontré?
La première fois, je n’ai presque pas parlé, mais lui m’a parlé pendant plus de quatre heures! Très vite, j’ai senti toute la frustration de cet homme qui, lors de ses premières années de détention, avait un terrible problème de communication, puisqu’il ne maîtrisait pas la langue française.
Vous êtes-vous mis dans la peau des gens qui l’estimaient coupable à l’époque?
Bien sûr, car je faisais partie de ces gens-là. C’est pourquoi, dans le film, j’ai essayé d’être le plus objectif possible en montrant les éléments qui ont permis sa condamnation à 18 ans de prison. Une condamnation qui aurait dû être de 30 ans, car le besoin d’argent n’est pas une circonstance atténuante pour un crime crapuleux. Cette peine intermédiaire, c’est déjà un aveu de faiblesse de la part de la justice.
Avez-vous subi des pressions particulières?
J’ai reçu des lettres me menaçant de procès. C’est pourquoi j’ai fait en sorte que les faits relatés soient incontestables. Le scénario a été transmis à un service juridique qui nous a dit : «Attention, vous risquez d’être attaqué en diffamation si vous racontez telle ou telle chose.» C’est un cadre rigide à l’intérieur duquel il a fallu faire preuve d’imagination pour écrire et tourner le film.
Omar m’a tuer
En salle dès vendredi