Culture

La peur bleue… de l'eau

Aux Îles-de-la-Madeleine, là où la météo se montre aussi imprévisible que les habitants, le sergent André Surprenant, incarné avec panache par Pierre-François Legendre, tente de vaincre sa Peur de l’eau.

Gabriel Pelletier, cinéaste auquel on doit notamment Karmina et La vie après l’amour, tripe sur les polars. Pierre-François Legendre, acteur que l’on a entre autres suivi dans Les Invincibles, lui, trouve que le terme «polar», ça lui fait un peu trop penser «au pull qu’il portait en troisième année». «Comment qualifier La peur de l’eau alors?» se demandent les deux hommes lorsqu’on les rencontre pour discuter du film en question. De mystère policier? «Ah oui, ça c’est pas pire», conviennent-ils. Pas pire du tout.

Inspiré du roman de Jean Lemieux intitulé On finit toujours par payer (éditions La courte échelle), La peur de l’eau, dernier long métrage signé Gabriel Pelletier, a pour décor les Îles-de-la-Madeleine. Mais pas celles des touristes, non. Plutôt celles de l’après-haute saison. Ces îles qui, avec leurs paysages gris, venteux et capricieux d’automne, conviennent parfaitement à l’intrigue qui est au cœur du récit : la découverte d’un meurtre crapuleux qui ébranle la tranquillité des insulaires.

L’enquête entourant ce meurtre, à savoir celui d’une jeune fille (Stéphanie Lapointe) retrouvée violée et sans vie sur la berge, est menée par le sergent André Surprenant (Legendre). Un sergent un peu niais, un peu quelconque et – dixit son interprète – «même pas capable de donner un ticket».

 Personne ne croit en lui, et surtout pas lui-même. La seule qui le regarde avec des étoiles dans les yeux, c’est sa partner (Brigitte Pogonat). Pour être à la hauteur du potentiel que sa collègue devine en lui, le gauche Surprenant devra vaincre ses démons et, surtout, surmonter sa peur de l’eau. Une immense phobie qui symbolise sa crainte de s’affirmer : «Au début, mon personnage regarde toujours à terre, il est terrifié, mais à la fin, il est vraiment devenu un homme, explique le très sympa Pierre-François Legendre. Il y a un réel changement qui s’opère en lui, et, au final – oh que ça fait du bien ­– il finit par s’accepter.»

Mais, avant de devenir un homme, un vrai, le sergent Surprenant rencontrera plus d’un obstacle. Il devra notamment se farcir la présence d’un «professionnel de Montréal» appelé en renfort, car ce meurtre sordide semble être «trop gros» pour les agents du coin. Arrivera donc, droit de la métropole, le fonceur et gueulard sergent-détective Gingras (Normand D’Amour).

Évidemment, le courant ne passera pas entre les deux messieurs et leur relation sera représentative du clash qui existe non seulement entre Montréal et les Îles, mais aussi entre la technologie tant vantée par Gingras et la bonne vieille méthode prisée par Surprenant. Une façon pour Gabriel Pelletier de faire un petit pied de nez «à tous les CSI de ce monde», dans lesquels, à partir d’une seule tache de sang, on parvient à deviner la couleur des yeux, la marque de chaussures et la coupe de cheveux de l’assassin. «Je trouve qu’il y en a trop, de ces histoires-là, déplore le réalisateur. C’est pour-quoi je voulais mettre en scène un héros à la Hercule Poirot. Un gars qui fait appel à la déduction et qui se sert réellement de sa tête.»

C’est d’ailleurs en se servant de sa tête que le sergent arrivera à résoudre le crime, confirmant la maxime, omniprésente dans le récit, voulant qu’on finit toujours par payer. Mais, dans la vraie vie, est-ce qu’on finit toujours par payer? Vraiment? «Oui, répond du tac au tac Legendre. Je suis convaincu que la vengeance est un plat qui se mange froid.» Pourtant, Pierre-François, tu ne m’as pas l’air d’un homme très vindicatif? «Je sais… C’est parce que j’attends!»
 
La peur de l’eau
De Gabriel Pelletier
En salle le 27 janvier

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