L’artiste transgenre Rae Spoon ouvre les vannes de sa jeunesse difficile dans le documentaire musical My Prairie Home, seul film canadien présenté au prochain Festival du film de Sundance.
Comment rester de glace devant le parcours truffé d’embûches de cet artiste courageux, à la voix si singulière qu’est Rae Spoon? Le musicien transgenre originaire de Calgary, qui préfère qu’on l’identifie par le pronom «they» (et «il» en français), relate les dures épreuves de son enfance au sein d’une famille profondément religieuse dans le docu musical de Chelsea McMullan, My Prairie Home. D’abord présentée aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), cette production de l’ONF révèle comment l’artiste, nominé pour le prix Polaris en 2009 et désormais établi à Montréal, s’est accroché à la musique comme à une bouée de sauvetage. Le film raconte aussi son long combat contre un père violent et schizophrène et une communauté conservatrice incapable d’accepter son ambiguïté identitaire.
McMullan livre une œuvre à l’image des ballades électro-folk de Rae Spoon : vulnérable, surprenante et fort émouvante. À la fois documentaire biographique, road movie méditatif à travers les Prairies et collection de clips empreints d’humour et de mélancolie, le film est une odyssée surréelle qui colle tout à fait à l’esprit de Spoon. Dans la même veine que My Winnipeg, de Guy Maddin, My Prairie Home est un portrait éclaté et envoûtant d’un artiste qui a eu l’instinct de (re)prendre la route pour s’épanouir. Métro a discuté avec les deux principaux intéressés de ce projet qui nous mène d’un petit bar de Regina à un musée peuplé de dinosaures à Drumheller!
L’idée de départ était de faire un film sur votre rapport à la musique country. À quel moment avez-vous décidé d’aborder les épreuves que vous avez surmontées en tant qu’ado?
Rae Spoon: Ça m’a pris 10 ans à assumer et à digérer tout ce que j’avais vécu. J’étais jeune quand je suis parti en tournée, j’avais 22 ans quand mon premier album est paru, et je ne voulais pas déballer mon sac d’un seul trait, déjà que je me présentais comme musicien transgenre. Quand nous avons entamé le tournage, Chelsea essayait de m’interviewer au sujet de mon parcours et je finissais invariablement par figer. J’ai donc décidé de composer de petites histoires au sujet de mon enfance que je lui envoyais ensuite. Certaines de ces histoires sont dans le film, d’autres ont été publiées dans un livre [NDLR: First Spring Grass Fire].
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Le film, tout comme vos pièces, est empreint d’une certaine amertume qui est exacerbée lorsque vous faites escale dans les Prairies, le temps de quelques concerts. Diriez-vous que vous demeurez sur vos gardes lorsque vous retournez en terre natale?
Spoon: Oui. Je n’ai pas grandi dans un environnement sain, et quand on ajoute à ça l’homophobie, le profilage sexuel et la violence que j’ai connus au secondaire… Ce sont des choses qui ne s’oublient pas. On ne me fait plus trop de menaces, on ne me crie plus vraiment de bêtises, mais je ne suis plus très souvent là-bas non plus… À Montréal, on dirait que ça ne fait aucunement réagir les gens… C’est beaucoup plus relaxe que d’être au centre-ville de Calgary, mettons.
Chelsea, vous avez d’abord rencontré Rae pour une collaboration musicale. Quel est l’élément déclencheur qui vous a menée à faire ce film?
Chelsea McMullan: J’ai d’abord été fascinée par l’individu que j’ai découvert derrière cette voix qui m’avait amené tant de réconfort. Une fois que nous sommes devenus amis, j’ai ressenti une certaine indignation. J’étais étonnée que Rae n’obtienne pas un succès à la hauteur de ce qu’il méritait, selon moi. Bien sûr, les choses ont changé depuis, avec sa nomination aux Polaris et tout, mais à la base, il y avait cette frustration… Je voulais que les gens le connaissent!
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My Prairie Home
En salle dès vendredi
