«Moi, je réside sur la rue Lachapelle», dit M. Nicolis sur un ton très calme. «Sur cette rue, il y’a des problèmes de drogues, de vol et d’alcool», décrit-il en présentant ses six ou sept voisins qui l’accompagnaient à cette soirée. «Tous les jours, de 16h à 23h – et le week-end cela dure plus longtemps – il y’a des gens qui viennent consommer sous nos fenêtres.»
Exhibant violemment une blessure visible au cou, il tonne en s’avançant vers Roger Bélair, le commandant sortant du PDQ 10: «regardez ce qui est arrivé hier soir». «Parce qu’un homme est venu faire pipi contre ma porte, je suis sorti lui parler. Il m’a pris au cou et il m’a dit en riant, appelle la police», raconte-t-il.
«Ça prenait beaucoup de courage pour venir dire cela M. Nicolis. Mais c’est la première fois que j’entends parler de ce problème», note surpris Harout Chitilian, le conseiller de district de Bordeaux-Cartierville. «Cela fait trois ans que cela dure», lâche M. Nicolis. «Je peux vous dire qu’on a déjà eu des arrestations dans le secteur. Moi j’invite toutes les personnes dans le quartier à venir nous voir au PDQ pour trouver une solution» propose Roger Bélair. «Je dois dire qu’on a eu par le passé des cas similaires et nous les avons réglés avec succès», rappelle Harout Chitilian.
La drogue qui inquiète
«Je n’ai pas le temps de prendre des gants», fulmine Mme Carignan, une autre résidente de la rue Lachapelle. «J’allais souvent avec des amies dans un restaurant près du café Expresso.
Tous les clients du restaurant voyaient et savaient que les dealers faisaient des affaires dans le stationnement», raconte-t-elle. «On n’a jamais vu les policiers intervenir. Je suis très inquiète. J’ai vu le laxisme des policiers pendant des années. Quelqu’un est rentré chez moi à 5h du matin pour me voler et ensuite aller s’acheter de la drogue», dit-elle visiblement émue. «C’est un problème dont on doit parler», conclut-elle.
«On entend très clairement le problème», répond Harout Chitilian. «Je peux vous dire qu’on a des policiers qui travaillent sur un réseau, intervient Roger Bélair. Est-ce que c’est le même ? Je ne peux pas vous l’affirmer.»
«Sur la rue Michel Sarasin, durant l’été, les trafiquants de drogue se passent des paquets le soir à travers les clôtures», explique Kader Belarbi, voisin de la ruelle verte. «Une fois que la balle est passée, on ne peut plus le pogner. Il est passé de l’autre bord», décrit-il.
«Est-ce que la rue est bien éclairée?», demande M. Chitilian. M. Belarbi indique qu’elle manque d’éclairage. «On va aller visiter cela avec Tandem», propose l’élu local.
«Il y a ces bouts de rues où sont arrêtées la nuit deux ou trois des voitures. On ne sait pas ce que les gens font là», décrit un autre citoyen. «Il faut surveiller le parc Saint-Odile. Il faut augmenter la surveillance policière. On voit aussi des gens venir consommer de la drogue dans ce coin», clame une citoyenne.
«Les rues sont considérées comme des lieux de rassemblement. Sur la rue Cousineau on a dû vendre le bout de rue pour que les propriétaires le ferment et dès lors éliminer le problème», explique Harout Chitilian.
Des voitures affolantes
«Dans la rue Chevalier, une petite rue, il y a beaucoup des gens qui font des courses automobiles. Je suis sûre qu’un jour quelqu’un va se faire tuer», note une autre résidente de la rue Lachapelle.
«Je n’ai jamais entendu parle de ce dossier», confie Harout Chitilian. «Il y’a un comité circulation auquel il faut aussi s’adresser», propose-t-il.
«Moi je fréquente le quadrilatère Lachapelle, Grenet, De Salaberry, Gouin. Le temps des lumières pour traverser est trop court pour les personnes âgées et les petits enfants», indique Mme Carignan. «Le débat de la priorité se pose. Est-ce l’automobiliste Lavalois qui veut retourner à la maison qui a la priorité ou est-ce le Montréalais qui veut rester chez lui?», se demande Harout Chitilian.
Sur la place l’Acadie, il y’a un problème de stationnement», rappelle Gérard Faïz. Je sais qu’on ne va pas le régler tout de suite. Mais les résidents de la Place l’Acadie stationnent sur une rue qui longe le Boulevard Henri-Bourassa et traversent par un trou percé dans la clôture au risque de se faire heurter par les autos qui roulent à vive allure.» «La clôture est effectivement percée sur la rue Alfred Laliberté et on s’est réuni aujourd’hui pour mettre une clôture qu’on ne pourra pas percer ou défaire et ajouter du stationnement», annonce Pierre Gagnier, le maire d’arrondissement.
Déclin de la criminalité ?
«Les chiens qui ne sont pas en laisse sont dangereux. Il faut des affiches claires mentionnant le coût des amendes», suggère Francine Carron, résidente voisine du Parc Saint-Odile.
«Les chiens sans laisses insécurisent les citoyens. Il y aura bientôt une consultation publique pour décider des parcs à chiens», annonce Harout Chitilian.
«Je suis la seule étudiante présente dans la salle», s’étonne une jeune fille. «Les jeunes ne sont pas interpellés alors que les problèmes soulevés, la consommation de drogue, le décrochage scolaire, les gens qui roulent vite, ce sont des problèmes de jeunes. J’ai fait un travail en sociologie urbaine sur Grenet, O’brien Salaberry et Gouin. J’ai posé des questions à 25 personnes qui m’ont affirmé avoir observé un déclin des cas de vandalismes et des problèmes de criminalité dans la région», souligne-t-elle.
«La méconnaissance de conduite à tenir en cas d’agression, dans l’esprit de beaucoup de citoyens, procure un sentiment d’insécurité», prévient Bougadar Kanté qui se présente comme un citoyen impliqué dans la vie communautaire. «On a le droit de se défendre et de protéger notre bien», répond Roger Bélair.