Le 5 octobre dernier, l’entrepreneur Donaco a obtenu l’autorisation du Comité consultatif d’urbanisme (CCU) de démolir le 10 333 Sackville (dans l’est du Sault-au-Récollet) et d’abattre tous les arbres matures du terrain à condition de respecter certains engagements. Le CCU a entre autres imposé au promoteur de compenser l’abattage des arbres par la plantation d’un maximum de nouveaux végétaux et de respecter l’alignement des maisons de la rue.
Le 2 novembre, les familles voisines du 10 333 Sackville ont fait une demande d’appel de la décision du CCU, d’où la tenue de la séance de jeudi dernier. Même si le projet a été ajusté une première fois par l’entrepreneur, la nouvelle version présentée lors de la séance n’a pas calmé les inquiétudes des citoyens. Le plan proposé par l’entrepreneur prévoit la construction d’une 1ère habitation unifamiliale annexée au 10 345, la maison voisine du côté nord, et d’une deuxième, isolée, à 10 pieds au sud de la première. Les deux arbres de rue à l’avant de la propriété seraient préservés et quatre nouveaux arbres seraient replantés.
Toutefois, pour les voisins, la maison Tupinier devrait être préservée, tout comme l’aménagement paysager du terrain, qui profite au bien être de tous les résidents du quartier.
Ils trouvent très étrange que le CCU ait donné de telles autorisations au promoteur puisqu’elles semblent aller à contresens du Plan métropolitain d’aménagement et de développement. «Les familles montréalaises quittent la ville et vont vivre en banlieue justement pour avoir un jardin et des espaces verts. Ce n’est pas en coupant les arbres pour construire un cottage-bunker que Montréal va attirer les jeunes familles et faire du développement durable», a expliqué la voisine nord du 10 333, Alexandra Pastena, lors de la période de question.
Des alternatives?
«Nous croyons que Donaco devrait rénover la maison déjà existante et annexer une deuxième construction à cette dernière», a proposé Michelle Benoît, voisine sud du 10 333. «Ainsi, l’intégrité du 10 345 serait conservée (pas d’annexion complète) ainsi qu’une bonne partie de l’aménagement paysager», a-t-elle ajouté.
Dans le cas où le promoteur M. Ricardo di Paolo tenait mordicus à démolir la maison Tupinier, les citoyens se sont dit prêts à accepter une nouvelle construction, mais toujours en fin de lot, là où la façade de l’actuelle maison débute, afin de conserver l’aménagement du terrain et l’intégrité du 10 345.
Toutefois, selon le conseiller en aménagement de l’arrondissement Pierre Alarie, les idées alternatives présentées par les citoyens ne sont pas recevables. «Leurs propositions ne sont pas conformes à la règlementation en matière d’urbanisme», dit-il. «Des habitations en fin de lot, comme la maison Tupinier, ça ne se fait plus à Montréal. Si Donaco construit quelque chose sur le terrain, il faut absolument que ce soit aligné avec les autres maisons de la rue, ce qui implique la coupe des arbres», a-t-il ajouté.
Selon la Politique de l’arbre de Montréal, adoptée en 2005, la coupe d’un arbre est permise lorsqu’il est localisé dans l’aire d’implantation d’une construction.
Du côté de l’entrepreneur, l’architecte Nicolas Blais considère que les plans correspondent à l’esprit de l’urbanisme montréalais. «Le terrain est assez grand pour y construire deux habitations, comme le veut mon client», a-t-il dit.
Une maison délabrée
«En ce qui concerne le 10 333 Sackville, il y a en ce moment une possibilité d’habitation illicite de l’endroit ainsi que de nombreux dommages physiques visibles à l’intérieur et à l’extérieur (mauvaises odeur, moisissures, fissures larges et nombreuses). De plus, il n’y a pas de qualités architecturales qui justifient la préservation de l’habitation. C’est pourquoi nous avons autorisé la démolition de la maison», a expliqué M. Alarie, au début de la séance.
Pour les voisins, cette situation est toutefois dérisoire. Ils estiment que M. di Paolo est le principal responsable de l’état actuel de la maison. Mme Pastena a indiqué que le nouveau propriétaire aurait laissé la résidence à l’abandon après en avoir fait l’acquisition en 2009. «M. di Paolo a tout simplement laissé la maison vacante», a-t-elle expliqué au maire Gagnier. «Nous avons même dû forcer la Ville à chauffer la maison en hiver!»
Mme Michelle Benoît croit aussi que le propriétaire est responsable des dégâts. «Il a fait la même chose il y a quelques années avec une habitation qui était située en face du 10 333», a-t-elle raconté au Courrier Ahuntsic.
M. di Paolo n’a pas voulu commenter l’affaire. Il préfère attendre la décision finale de la Ville.
Le conseil d’arrondissement rendra une décision concernant le projet lors de la séance du conseil prévue pour le 5 décembre.
Réactions citoyennes
Un texte d’opinion publié dans l’édition du 25 novembre du Courrier Ahuntsic, signé par les familles voisines du 10 333 Sackville, a suscité de vives réactions citoyennes sur le site internet du journal. Pour lire le texte, les commentaires (au bas de l’article) ou pour réagir, cliquez sur «Danger au 10 333 Sackville».